Résumé
Le biais d’utilisation des codons du génome du virus Zika (ZIKV) est orienté vers les codons se terminant par AA, qui sont préférentiellement décodés par des ARNt modifiés en position U34. Cela contraste avec la préférence de l’hôte humain pour les codons se terminant par AG, suggérant que le ZIKV pourrait exploiter des modifications spécifiques des ARNt afin d’optimiser la synthèse protéique dans les cellules humaines. Pour tester cette hypothèse, nous avons utilisé des capteurs eGFP biaisés en codons et avons constaté qu’une infection par le ZIKV augmentait transitoirement l’expression du GFP biaisé vers les codons AA au détriment du GFP biaisé vers les codons AG. L’analyse par spectrométrie de masse a en outre montré que l’infection par le ZIKV augmente le contenu en modifications mcm⁵s²U34 des ARNt dans les cellules hôtes. Dans des cellules déficientes en ELP1, présentant une réduction des modifications U34, la réplication du ZIKV était altérée. L’augmentation des modifications U34 par l’utilisation d’une petite molécule connue pour restaurer l’expression d’ELP1 a permis de rétablir la réplication virale dans ces cellules. De plus, la réduction de l’expression des enzymes clés impliquées dans la modification U34 (ELP1, ALKBH8 et CTU1) par la technologie CRISPR/Cas9 et par interférence ARN a significativement diminué la réplication du ZIKV. Collectivement, ces résultats apportent une preuve solide que le ZIKV reprogramme l’épitranscriptome des ARNt de l’hôte et exploite les modifications des ARNt, en particulier en position d’oscillation U34, afin d’optimiser la traduction de ses propres protéines et de favoriser sa réplication.