Résumé
Les espèces insulaires sont exposées de manière disproportionnée au risque d'extinction en raison de la petite taille de leurs populations, de leur isolement géographique et de leur grande susceptibilité aux pressions stochastiques et anthropiques. Le Busard de Maillard (Circus maillardi), endémique et dernier rapace nicheur de La Réunion (océan Indien), est actuellement classé « en danger » (EN) sur la Liste rouge de l'UICN. Des préoccupations ont récemment émergé concernant les impacts démographiques de l'empoisonnement secondaire dû aux rodenticides anticoagulants utilisés pour le contrôle des rats dans les paysages agricoles. S'ajoutent à cela d'autres menaces telles que la perte et la fragmentation de l'habitat, ainsi qu'une diversité génétique réduite. Nous avons analysé les données de trois recensements standardisés de la reproduction à l'échelle de l'île (1998-2000, 2009-2010, 2017-2019), comprenant 355 points d'échantillonnage et totalisant environ 1 500 heures d'observations, afin de quantifier les tendances démographiques globales et leurs variations spatiales. En utilisant des modèles mixtes additifs généralisés (GAMM) tenant compte de la variation spatiale dans les différents protocoles de recensement, nous avons estimé une diminution significative de -46 % (IC à 95 % : -61 % à -28 %) de l'abondance relative des couples nicheurs à l'échelle de l'île sur 21 ans (soit l'équivalent de trois générations), qui conforte son statut actuel d'espèce en danger (EN). Le déclin est plus prononcé dans la partie orientale de l'île (-56 %, IC à 95 % : -69 % à -40 %) par rapport à la partie occidentale (-29 %, IC à 95 % : -52 % à +0,3 %). Combinés aux travaux antérieurs sur la consanguinité, la charge mutationnelle, l'exposition aux rodenticides anticoagulants et les menaces persistantes (changements d'habitat), ces résultats suggèrent que cette population de busards subit un vortex d'extinction qui nécessite des actions de conservation immédiates, ciblées et spatialement explicites. Nous recommandons également que la taille de la population continue d'être surveillée et que les connaissances sur les paramètres démographiques soient améliorées pour guider une gestion adaptative de l'espèce.