Résumé
Le train des primeurs est un service de fret ferroviaire frigorifique entre la plateforme Saint-Charles de Perpignan et le Marché de Rungis. Créé dans les années 1980, il a disparu récemment faute de repreneur. Objet médiatique, il peut être perçu comme un symbole des difficultés du fret ferroviaire. Plus précisément, l’objectif est d’analyser les systèmes d’acteurs qui sont intervenus lors des discussions pour le maintien de la ligne, qui ont conduit à une réouverture temporaire en octobre 2021. Il est d’une part supposé que le train des primeurs met en évidence les limites de la gouvernance du fret ferroviaire. D’autre part, nous supposons que les méthodes mixtes d’analyse de réseaux sociaux et de textométrie sont à même de saisir les proximités autour de cet objet médiatique. Le matériau principal utilisé repose sur la mise en place d’entretiens semi-directifs analysés grâce à une méthodologie mixte associant textométrie et analyse des réseaux sociaux. Le sujet précis du train des primeurs révèle plusieurs enseignements utiles pour la compréhension des difficultés du fret ferroviaire. Bien que la coalition d’acteurs décisionnaires ne soit pas apparue clairement, en raison notamment de l’absence de réponse d’acteurs tels que l’État (DGITM) et les transporteurs, l’analyse des discours souligne l’existence de registres de discours (politique, aménagement et technique), propres à chaque catégorie d’acteurs, qui proposent des trajectoires pour le fret ferroviaire bien distinctes. Ainsi, pour la sphère technique, le train ne peut être une solution efficace car trop contraignant et peu compétitif par rapport au transport routier, exception faite d’une possible solution de transport combiné nécessitant une intervention financière conséquente de l’État. L’analyse des discours a également mis en perspective le faible intérêt pour les questions opérationnelles des acteurs de l’action publique.