Abstract
Dans son Manifeste pour les Humanités digitales / numériques et en conclusion de la première réunion des « Humanities and Technology CAMP » organisée à Paris en mai 2010 , Marin Dacos appelait à la naissance des Humanités Digitales / Numériques, nouveau champ de recherche scientifique européen, réunissant l’ensemble des Sciences Humaines et Sociales, des Arts et des Lettres dans une communauté sans frontières, multilingue, multidisciplinaire et usant de « paradigmes, savoir-faire et connaissances propres à [leurs] disciplines, tout en mobilisant les outils et les perspectives singulières du champ du numérique » . Parti du constat que « les expérimentations dans le domaine du numérique en Sciences humaines et sociales [s’étaient multipliées] depuis un demi-siècle, permettant l’ émergence de centres de recherche dédiés aux Humanités Numériques (…) aux méthodes éprouvées, [mais] inégalement connues et partagées, Marin Dacos annonçait quelques nouvelles orientations à l’aube du web 3.0 : « l’intégration de la culture numérique dans la définition de la culture générale (…) le progrès de la connaissance, le renforcement de la qualité de la recherche dans nos disciplines, et l’enrichissement du savoir et du patrimoine collectif, au-delà de la seule sphère académique (…) par l’accès libre aux données et aux métadonnées (…) documentées et interopérables (…) par la diffusion, à la circulation et [le ] libre enrichissement des méthodes, du code, des formats et des résultats de la recherche » . Relayé par le Manifeste des jeunes chercheurs de 2013, ce programme a permis au monde universitaire, à ses institutions, à ses acteurs d’évoluer vers de nouvelles façons de faire la recherche, plus « connectées », « collaboratives » (sites web, blogs, médias sociaux), plus « outillées » (logiciels, bases de données, wikis, pads) mais sans aucune reconnaissance institutionnelle. Le manifeste de 2013 appelle ainsi le Ministère de la Recherche à créer « un écosystème scientifique pour les praticiens des Humanités Numériques (…) à financer des programmes de recherches collaboratives et transnationales, à mettre en place des infrastructures de recherche durables et à créer des formations pratiques aux outils numériques de la recherche », via la création de plateformes de publications en libre accès ; de plateformes d’archivage pérennes ; de plateformes dédiées au stockage de données massives ; de moteurs et outils de gestion des métadonnées » . Avec les deux plans nationaux pour la science ouverte (2018-2021 et 2021-2024) ; la mise en place d’appels à projets dédiés aux Humanités Numériques, financés par le FNSO et enfin, l’introduction d’enseignements dédiés aux Humanités Numériques dans les filières SHS et SIC – notamment - le Ministère de la Recherche a répondu aux manifestes lancés par les universités, chercheurs et jeunes chercheurs.La stratégie de veille développée dans ce document de travail doit permettre de cerner les enjeux actuels entourant les activités des chercheurs en Humanités numériques, qui ont bien évolué depuis 2010. Dans un premier temps, nous décrivons la construction de notre stratégie de veille en revenant sur la définition, les enjeux et les étapes du cycle de la veille, ainsi qu'elles ont été traitées. La seconde partie de notre travail permet d'isoler et de décrire une vingtaine de ressources web que nous avons suivis entre novembre 2023 et mai 2024 avec l'outil Feedbro. Distinguant d'un côté les ressources issues des infrastructures internationales, européennes et françaises et de l'autre, les ressources émanant des réseaux et acteurs de l'édition scientifique en SHS et SIC, ce travail renseigne les enjeux nationaux, européens et internationaux entourant la recherche dans le champ des Humanités numériques.