Résumé
À l’issue de l’évaluation de l’Ifremer et de la FOF par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) dans un contexte de hausse généralisée des coûts et de prise de conscience par la communauté scientifique de l’importance de réduire l'empreinte environnementale de ses recherches, l’Ifremer et le comité directeur de la FOF ont souhaité préparer une révision du plan de renouvellement des moyens de la Flotte. Pour que le nouveau plan réponde pleinement aux défis contemporains, un exercice de prospective a été mené avec l’ensemble de la communauté des utilisateurs de la FOF autour de quatre axes : • les enjeux de recherche et les besoins scientifiques qui en découlent; • les technologies d'exploration et d'observation et les moyens océanographiques afferents ; • les partenariats ; • la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le premier constat est qu’il existe dans la communauté scientifique de fortes attentes envers la FOF et ses capacités d’exploration et d'observation. La FOF doit continuer d’apporter son soutien à de grands enjeux de recherche rassemblant des questions tant fondamentales qu’appliquées. L’un des premiers enjeux est de mieux comprendre les relations complexes entre l’océan et le système climatique global. Il s’agit de décrire les changements qui s’opèrent actuellement et d’étudier leurs conséquences sur les écosystèmes océaniques et les sociétés humaines qui leur sont étroitement liées. Des transformations rapides et de grande ampleur de l’océan, de la cryosphère et de sa biogéochimie sont en cours et doivent être anticipées. Ces changements posent des questions cruciales à nos sociétés : sécurité alimentaire et soutenabilité de l’exploitation des ressources halieutiques, exposition aux risques de submersion des zones côtières… Nous avons besoin de moyens navals d'exploration et d'observation in situ pour recueillir les données afférentes. La FOF a une place centrale dans cet effort mondial. La reconstitution des paléoclimats constitue un domaine de recherche indispensable en cette période de changement climatique. La longue histoire du climat terrestre est inscrite dans les couches sédimentaires marines, et la FOF est un outil de premier plan, quasiment unique au monde, pour accéder aux sédiments profonds qui permettent de remonter le temps sur plus d’un million d’années. Elle procure ainsi aux scientifiques des éléments de compréhension indispensables, tant pour reconstituer le passé que pour valider des modèles climatiques capables de nous projeter dans le futur. Plus ces modèles gagneront en acuité, mieux nous pourrons anticiper les évolutions climatiques à venir. La connaissance géologique et géophysique de la croûte océanique, qui recouvre environ les deux tiers de notre planète, soulève des questions fondamentales, liées notamment aux dorsales océaniques et aux zones de subduction, et plus généralement à la dynamique de la planète. La prévision de certains aléas (sismiques, volcaniques, gravitaires, submersions marines, tsunamis) qui peuvent affecter dramatiquement les populations dépend de l'avancée des connaissances, de l'observation et de la surveillance de ces phénomènes. Enfin, nos connaissances de la diversité du vivant abrité par l’océan restent encore parcellaires. L’océan a été beaucoup moins exploré que l’ensemble des autres biomes terrestres. Caractériser globalement ce biome, c’est-à-dire identifier ses composantes et leur distribution, analyser leurs interrelations et leurs interactions avec les paramètres de l’océan physique, de la lithosphère et de l’atmosphère, reste donc un enjeu majeur d’acquisition de connaissances. Au-delà de cet aspect fondamental, ces connaissances sont nécessaires pour anticiper les conséquences des changements globaux et plus généralement de l’ensemble des activités humaines. Ces grands défis scientifiques impliquent de déployer les moyens de la FOF dans l’ensemble de l’océan mondial, en particulier dans des zones telles que les grands fonds et certaines régions du monde plus sensibles aux changements et pressions (la Méditerranée, les zones polaires et tropicales). Ils nécessitent également de poursuivre les efforts d’acquisition de données sur le long terme grâce à des observatoires pour lesquels le soutien de la FOF est indispensable. La FOF constitue par ailleurs un outil essentiel de soutien aux politiques publiques maritimes et entretient un lien étroit avec la Marine nationale. Au regard des modifications rapides des écosystèmes sous l’effet du changement global et des multiples pressions anthropiques, la surveillance des écosystèmes et des populations exploitées par la pêche reste un enjeu important qui continuera de faire appel aux moyens de la FOF. Les échanges avec la Marine nationale sont appelés à se maintenir, voire à augmenter, par exemple dans le contexte de la récente stratégie de maîtrise des fonds marins. La FOF devra donc continuer de répondre à un ensemble d’attentes de diverses natures : recherche scientifique, soutien aux politiques publiques de la mer, partenariat avec la Marine nationale. Au croisement des perspectives technologiques et des besoins scientifiques, plusieurs voies d’évolution des navires et engins de la FOF sont identifiées. Pour les navires, il faudra poursuivre le renouvellement de la flotte de navires côtiers, régionaux et hauturiers. Le renouvellement des navires hauturiers constitue une opportunité pour faire entrer en flotte des navires à empreinte carbone réduite capables de mettre en oeuvre des moyens lourds, notamment des engins sous-marins grands fonds. Le renouvellement de ces engins sera marqué par la modernisation du sous-marin habité Nautile et du robot téléopéré Victor 6000 et par la préparation, à l’horizon 2035, de l’entrée en flotte d’une nouvelle génération de robots d’intervention profonde ainsi que d'engins plus légers pour les zones moins profondes. La prochaine décennie devrait également voir l’arrivée d’une flottille de drones de surface. La FOF devra faire évoluer son fonctionnement en ce qui concerne l’accès à l’infrastructure, l’anticipation dans le positionnement géographique des navires et la programmation des missions, tout en continuant d’améliorer la valorisation des données issues des campagnes. Le renforcement des partenariats européens et internationaux sera lui aussi essentiel. Outil indispensable pour la recherche sur le climat et la compréhension de l’océan, la FOF doit être exemplaire en minimisant son impact environnemental, tout en continuant à offrir un haut niveau de service à la recherche. Elle émet annuellement environ 43 000 tonnes équivalent CO2 tCO2e (de la préparation des missions jusqu'au stockage des données). Ces émissions sont issues à 71 % du carburant. Même si l’empreinte carbone de la FOF est modeste par rapport au secteur maritime (0,5 % des émissions du secteur maritime français), la FOF doit réduire cette empreinte. La réduction de cette empreinte sera un immense défi qui ne pourra être relevé qu’en associant évolution des pratiques et des navires, et en affectant un soutien financier à cette transition. Dans les prochaines années, plusieurs leviers peuvent nous permettre de diminuer l’empreinte carbone de la FOF : l’alimentation électrique à quai, l’introduction de biocarburant, la diminution de la vitesse et l’optimisation du déploiement géographique des navires. À partir de 2030, la décarbonation devra s’intensifier avec l’entrée en flotte des nouveaux navires hauturiers. Il existe donc un intérêt vital à construire rapidement un premier navire hauturier « hybride vélique », en l’occurrence le remplaçant de L’Atalante, afin de préserver le potentiel d’action et de réalisation des missions scientifiques sur l’océan mondial et dans les grandes profondeurs, et faire franchir à la FOF une étape significative dans sa trajectoire de décarbonation.