Résumé
La culture de la pomme de terre serait une source de diversification du maraichage au Burkina Faso, et de diversification culturale (rotations riz-pomme de terre), en vue d'une amélioration des revenus (prix élevé en ville) au moins dans les bas-fonds disposant d'eau en saison sèche froide. A Dano, cette production intéresse les producteurs en bas-fonds et certains de leurs appuis. De 2019 à 2023, dans le cadre d'un programme de recherche-action laissant une grande place aux approches participatives, 80 paysan(ne)s de Dano ont fait l'apprentissage de la pomme de terre de contre-saison, soit en bas-fonds (rotation avec riz) soit en jardin, en partant d'un modèle cultural plus écologique que celui qui était observé dans la zone d'approvisionnement de Bobo-Dioulasso (moins d'engrais minéral, plus de fumure organique, petites parcelles). Les apprentis ont apporté certains savoirs-faire anciens (associations, bio-insecticides, clôtures en matériaux locaux, répulsifs de bétail) et restaient libres de mener leurs cultures selon leurs propres choix. Les rendements atteints au maximum (15t/ha) sont restés éloignés du potentiel de 30 t/ha, du fait notamment d'une irrigation insuffisante et trop espacée, contrastant avec l'irrigation intensive et rigoureuse jointe aux hauts niveaux de fertilisation dans la zone de production de Karangasso-Sambla. En revanche les rendements du riz de bas-fond suivant ont doublé (de 3t/ha à 6t/ha), ce dernier profitant de la fumure organique apportée sur pomme de terre, qui réduit certains symptômes de toxicité ferreuse liée aux sols hydromorphes. Vus de la recherche, la diversification du maraichage par la pomme de terre en rotation avec le riz irait dans le sens de la sécurité et autonomie alimentaire, des emplois et revenus en saison sèche, donc du développement économique en zone rurale péri-urbaine. Mais cette culture rencontre aussi des contraintes (sols argileux, faibles débits des puisards, approvisionnements tardifs), une dépendance au système d'approvisionnement en semences et fait encourir des risques de perte financière ou travail à perte. A moins d'un appui public pour un approvisionnement précoce en semences à moindre coût, cette culture est finalement peu adaptée aux femmes, aux jeunes et paysans sans moyens même si elle les intéresse beaucoup. Des investissements publics sont encore nécessaires, tels qu'une production burkinabé de semences certifiées, et de systèmes de stockage solaire pour élargir la saison de valorisation.