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PCR Habiter la montagne. Une approche comparée des trajectoires des vallées pyrénéennes dans la diachronie, rapport 2024
Rapport

PCR Habiter la montagne. Une approche comparée des trajectoires des vallées pyrénéennes dans la diachronie, rapport 2024

Christine Rendu, Guillem Boneu-Pouquet, Delphine Bousquet, Laurence Bourguignon, Carine Calastrenc, Didier Cailhol, Francis Dieulafait, Cécile Dominguez, Ingrid Dunyach, Antoine Farge, …
03/2025

Résumé

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Le Programme collectif de Recherches Habiter la montagne. Une approche comparée des trajectoires des vallées pyrénéennes dans la diachronie prolonge différents PCR antérieurs sur les Pyrénées et vise plusieurs objectifs : structurer une recherche qui permette la comparaison de trajectoires historiques et le décloisonnement entre vallées d’est en ouest du massif, fournir un cadre et un appui aux jeunes chercheur.e.s, doctorants et masters, renforcer les liens entre archéologie préventive et programmée dans les espaces d’altitude, enfin restituer ces approches à différents publics, et, quand l’occasion se présente, construire certaines des recherches en collaboration avec les éleveurs. Le programme est structuré autour de trois axes, auxquels s'ajoute le soutien transversal du programme TAHMM (Télédétection et Archéologie en Haute et Moyenne Montagne), dirigé par Carine Calastrenc et qui fournit à l'ensemble des opérations un soutien technologique essentiel. Le premier axe porte sur les dynamiques de l’habitat et des terroirs dans le temps long des sociétés agropastorales (7000 ans), avec comme principal terrain d’étude la vallée de la Cerdagne, choisie pour le nombre élevé d’opérations qu’elle compte et pour la possibilité d’y faire dialoguer les résultats des fouilles et prospections préventives et programmées ; le deuxième axe s’intéresse à l’histoire de pratiques d’estivage encore méconnues d’un point de vue archéologique dans les Pyrénées, telles que l’estivage porcin et l’estivage bovin laitier, avec comme terrains d’étude la montagne basque (vallées de Cize et Soule) et la vallée de l’Adour (Lesponne en particulier) ; le troisième axe s’intéresse à l’expression juridique et spatiale de l’appropriation des ressources des versants, qu’il s’agit de cerner à travers différentes sources (orales, écrites, matérielles) et à différentes échelles, depuis la cabane pastorale jusqu’aux territoires de parcours des troupeaux et aux terres collectives des vallées.Année de démarrage du PCR, 2024 a fonctionné comme une année probatoire. L’enjeu était d’initier les opérations prévues dans les trois axes, d’apporter le soutien du collectif à chacune d’elles, et de commencer à tisser des liens d’une opération à l’autre. Les travaux ont débuté au printemps 2024. Les chantiers de prospection et de fouille en ont constitué les principaux temps forts, auxquels se sont ajoutés plusieurs ateliers sur la base de données « propriété foncière des estives », des discussions autour du futur SIG sur les terroirs de Cerdagne et différentes présentations scientifiques et grand public. L’axe 1 (terroirs et peuplement dans la diachronie, en Cerdagne) a vu se dérouler différentes opérations, dont, en archéologie programmée, la finalisation de prospections consacrées en 2023 par Delphine Bousquet et Noémie Luault aux milieux herbagers et labourés du piémont et des versants, ainsi que la reprise des fouilles du site de Coume Païrounell, sondé dans les années 2000 par P. Campmajo puis objet de fouilles plus approfondies dans le cadre de la thèse de Noémie Luault. Il s'agit d'un hameau d'une trentaine de structures bâties, agglomérées en îlots desservis par des chemins, dont l'occupation s'est étendue du Ve au Xe siècle. L'intérêt du site réside dans sa proximité avec le chef-lieu de cité de Llivia et dans sa vocation au moins pour partie artisanale, ainsi que dans son phasage plus ample que prévu, puisque les sondages de 2017 avaient également mis en évidence une occupation de la fin de l’âge du Bronze. Les fouilles ont porté sur deux secteurs proches documentant ces deux aspects de la chronologie, d’un côté en éclairant un bâtiment d’un nouvel îlot du site alto-médiéval, et de l’autre en élargissant le sondage de 2017 pour observer les éventuels aménagements liés à l’occupation protohistorique. Parallèlement, Marie-Pierre Ruas et Charlotte Hallavant ont largement avancé l’étude des vestiges carpologiques des niveaux du haut Moyen Âge des fouilles 2015-2017, mettant en évidence la diversité des plantes présentes sur le site (céréales, légumineuses, plantes techniques et sauvages, utilisation de ramées de conifères), et par là même des activités.Treize diagnostics et deux fouilles préventives se sont par ailleurs déroulés cette année. Ils viennent s’ajouter aux 54 opérations préventives précédentes. Le PCR ne vise pas, ici, chaque chantier individuellement mais la possibilité de les relier entre eux et aux opérations programmées, autour de la question des aménagements des terroirs et de l’utilisation des ressources d’altitude dans le temps long. Grâce à l’action de J. Kotarba et F. Millesi et des différents responsables d’opération, spécialistes et contributeurs aux recherches, G. Boneu-Pouquet, L. Bourguignon, D. Cailhol, D. Colonge, C. Dominguez, I. Dunyach, A. Farge, W. Galin, E. Ganhem, C. Jandot, M. Martzluff, F. Mazière, C. Pallier, une première analyse transversale des structures découvertes et de leurs contextes topographiques et sédimentaires a pu être menée, en deux approches consacrées à la haute et à la basse Cerdagne qui présentent des contextes différents. Conjointement avec la préparation d’un dossier PAS pour 2025, cette première synthèse des types de structures mis au jour par période a permis de définir plus précisément les axes de structuration du SIG et les phases de son élaboration (définition du modèle conceptuel du SIG, mise en commun d’une base de données des datations dans BDA). Au titre des opérations préparatoires du SIG, il faut encore souligner l’apport de l’inventaire par commune des monnaies de Cerdagne sur le temps long (P.-Y. Melmoux), qui intègre un grand nombre de données, depuis les découvertes fortuites anciennes jusqu’à celles réalisées lors des opérations préventives les plus récentes.Concernant l’axe 2, dédié à des formes de pastoralisme encore peu connues archéologiquement, le PCR a accompagné deux opérations : le commencement des fouilles triennales du site du Hourc, dans le Haut-Adour, dirigées par N. Luault, et la poursuite de l’enquête autour des tertres de la montagne basque, menée par Maialen Gauthier dans le cadre de son Master, consacré à une ethno-archéologie des pratiques pastorales porcines. L’opération sur le hameau de cabanes du Hourc (commune de Bagnères-de-Bigorre) est née d'une rencontre avec les éleveurs qui exploitent ce secteur, du soutien du SRA et du constat d'une double lacune des programmes précédents : lacune géographique, les Pyrénées centrales apparaissant comme très peu documentés du point de vue des transformations des pratiques d’estive ; lacune thématique, l'élevage bovin laitier restant largement méconnu, d’un point de vue archéologique, dans la sphère pyrénéenne (contrairement au Massif central). Le site est intéressant encore pour trois aspects au moins : il s’inscrit dans une production de beurre spécialisée et à destination commerciale ; il documente, les travaux de G. Buisan à l’appui, une forme d’appropriation des cabanes particulière (contribuant ainsi à l’axe 3 du programme) ; enfin il permet une archéologie du contemporain, dans le cadre d’une approche construite avec les habitants de la vallée. Préparée par une photogrammétrie conduite avec le soutien de la plateforme Archéosciences Toulouse et grâce au programme TAHMM, la campagne (15-30 juin) a permis la fouille d’un premier habitat du site, l’un des plus lisibles en surface : il s’agit d’une cabane en pierre sèche de 10 m², solidement construite (toiture de lauzes, charpente carbonisée mise au jour dans le niveau sous-jacent) et des éléments de mobilier, ainsi que 2 monnaies qui attribuent son occupation au XIXe siècle.La question des tertres des pâturages d’altitude du Pays basque rejoint celle de l’élevage porcin en raison de l’interprétation à laquelle ils ont donné lieu : formant des buttes de 6 à 8 m de diamètre pour des hauteurs de 0,5 à 2m et souvent groupés en grappes de 5 à 10 individus, ils correspondraient aux loges de cochons estivant en montagne. Bien que plausible, l’hypothèse doit d’abord être vérifiée, ce qu’a engagé M. Gauthier à travers une double approche : archéologie des tertres et ethnographie des pratiques d’élevage porcin. Après une cartographie sous SIG de tous les tertres enregistrés par l’archéologue J. Blot à partir des archives qu’il a laissées au SRA de Nouvelle-Aquitaine (plus d’un millier), puis après des relevés sur certains des sites enregistrés visant à décrire les structures et appréhender leurs variations, l’année 2024 a été consacrée, outre l’enquête ethnographique, à une approche par cartographie et tomographie électrique menée avec le GET (Muriel Llubes, Baptiste Mellier, Romain Vercasson), suivie de carottages réalisés par Josu Narbarte (Université du Pays basque et Aranzadi) et Eneko Iriarte (Université de Burgos) visant à saisir les stratigraphies de ces structures, l’ensemble effectué sur le site d’Oilaskoa (commune de Saint-Michel). Les résultats, riches et pour partie contradictoires, sont appelés, avant poursuite de l’enquête, à être traités dans un article collectif reprenant l’ensemble des données.Pour l’axe 3, le travail, sous forme d’ateliers d’un à deux jours, s'est centré sur la réalisation d'une carte de la propriété foncière actuelle des estives à l'échelle de l'ensemble de la chaîne pyrénéenne française, l’objectif étant, en premier lieu, d’en avoir une vision synthétique et en second lieu d’en faire l’instrument d’une remontée dans le temps autour de la question des compascuités et des propriétés partagées. Ce projet, lancé en 2017, avait été freiné par la difficulté d'obtenir des données cadastrales non anonymisées, difficulté surmontée récemment grâce à la mise en ligne en open source du fichier des propriétés des personnes morales. La démarche a consisté à adosser cette base à un SIG du parcellaire sur cinq départements pyrénéens (66, 09, 31, 65 et 64), en expérimentant plusieurs types d’association des données, la base s’avérant complexe en raison de dédoublements de parcelles et surtout des libertés prises par les agents du cadastre avec la codification des structures des institutions propriétaires du foncier – notamment des commissions syndicales de gestion des biens indivis des communes. Différentes méthodes ont été appliquées pour déceler les étendues et les contours de ces dernières, tandis qu’a été testé aussi, à plus grande échelle, la restitution cartographique des propriétés des terres d’altitude de la commune de Bagnères-de-Bigorre, ce choix répondant au souhait de croiser ce terrain avec celui du Hourc. Cette expérimentation a permis cette fois de travailler sur une autre forme recherchée, les enclaves, le traitement ayant permis d’identifier sur le territoire de Bagnères-de-Bigorre 13 communes ou groupes de communes extérieurs propriétaires de blocs fonciers correspondant à des estives. Ici aussi, un article est en préparation, data paper qui permettra de rendre compte des traitements réalisés.Parallèlement aux opérations de terrain enfin, et souvent insérées en leur sein, les actions de valorisation ont pris différentes formes : communications scientifiques à différentes journées départementales de l’archéologie et au sein de colloques (au nombre de 4), journées portes ouvertes en Cerdagne sur les fouilles préventives de Riat Bia et la Carella (Font-Romeu) lors des journées européennes de l’archéologie, ainsi que sur les fouilles du Hourc et de Coume Païrounell, soirée-débat à l’auberge de Gabrielle de Lesponne en fin de campagne, documentaire en cours de montage sur le pastoralisme en montagne basque (vidéoguides de Nouvelle-Aquitaine).

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