Résumé
Le Programme collectif de Recherches « Habiter la montagne » prolonge une longue expérience de chantiers collaboratifs et interdisciplinaires sur les Pyrénées. Il vise à structurer la comparaison des trajectoires historiques à travers le massif et le décloisonnement entre vallées, tout en fournissant un cadre aux jeunes chercheurs, en renforçant les liens entre archéologie préventive et programmée dans les espaces d'altitude, et en expérimentant des thématiques neuves restituées à différents publics.Le programme s'est restructuré, en 2025, autour de deux axes complémentaires. Le premier prend comme objet les dynamiques de l'habitat et des terroirs d’altitude dans le temps long des sociétés agropastorales, avec comme principal terrain la Cerdagne-Capcir, particulièrement riches en données issues de l’archéologie préventive et programmée. Le deuxième s'intéresse à l'histoire des pratiques d'estivage et à l'expression juridique et spatiale de l'appropriation des ressources pastorales et se développe en grande partie, pour l’instant, sur les Pyrénées centrales et occidentales. L'ensemble prend appui sur le programme TAHMM (Télédétection et Archéologie en Haute et Moyenne Montagne), dirigé par Carine Calastrenc.Après une année probatoire en 2024, l'année 2025 a renforcé la cohérence du PCR à partir d’un important travail consacré à la création du SIG qui s’est étendu de la Cerdagne au bassin du Capcir, à partir aussi de la reprise de corpus mobiliers ou immobiliers issus de sites et de prospections anciennement fouillés, enfin à partir de et des différentes opérations de prospection et de télédétection menées dans le centre et l’ouest de la chaîne.Axe 1 : Dynamiques du peuplement et gradient altitudinal en Cerdagne-CapcirL'objectif principal de cet axe est de rassembler les données issues de l’archéologie préventive et programmée au sein d'un SIG partagé, construit pour permettre l'analyse spatiale et temporelle des dynamiques d'aménagement des terroirs de montagne sur le temps long, en s’intéressant particulièrement à la gestion complémentaire des ressources entre les différents étages altitudinaux.L'avancée majeure réside ici dans la mise en œuvre concrète du SIG. Pilotée par D. Bousquet et F. Milési, et jalonnée par deux ateliers collaboratifs en juin et octobre, elle a permis l’élaboration du modèle de données et la constitution active, grâce en outre à J. Kotarba et V. Lallemand, des premières tables (datations, opérations, rapports et bibliographie). On citera parmi les résultats majeurs l’établissement et la révision des données relatives à 184 datations radiocarbone qui seront progressivement intégrées au site BDA par W. Galin, et la création d’un tableau recensant pour l’instant 159 opérations archéologiques L’achèvement de ce premier travail de référencement est prévu pour 2026. Il s’accompagne d’une réflexion appprofondie sur l’état des connaissances mais aussi sur la façon dont il est possible de qualifier rigoureusement les faits archéologiques très ténus que révèle, en particulier, l’archéologie préventive.Dans la lignée de cette reprise des données relatives aux sites, un nouveau sous-axe s’est dessiné, autour de l’étude de différents corpus, mobiliers et de structures : céramique médiévale (M. Géraud), industrie lithique, où les études liées aux dernières opérations préventives ont suscité une prospection ciblée sur la recherche et la collecte de matières premières (W. Galin, E. Garcia-Tarac, M. Martzluff), études carpologiques (achèvement des analyses relatives au site de Coume Païrouneill, M.-P. Ruas et C. Hallavant), reprise du corpus de drains bâtis mis au jour au cours des 15 dernières années pour une étude des systèmes de drainage médiévaux et modernes (Master L. Laborderie).Ces études alimentent en retour les questions qui guident les opérations préventives et programmées. Deux diagnostics sur des terroirs en terrasse, sous forêt sur un versant pentu d’Egat, et sur l’une des moraines d’Angoustrine, ont permis, à nouveau, la datation de la mise en place des terrasses et celle d’occupations bien antérieures (céramique du Néolithique moyen juberrien à Angoustrine) (J. Kotarba). Les prospections en milieu herbager se sont poursuivies sur les deux sites faisant l’objet de recherches programmées que sont Lo Lladre à Llo et Coume Païrouneill à Angoustrine (D. Bousquet), tandis qu’était parallèlement inauguré un nouveau type de prospections, dites « rétrospectives », visant à localiser précisément les sites anciennement découverts en reprenant, simultanément, le mobilier qui en est issu (D. Bousquet, M. Martzluff et Cécile Respaud).Axe 2 : Pratiques pastorales d'altitude et formes de propriété des terres collectivesDans cet axe qui regroupe les axes 2 et 3 de 2024, les travaux se sont déployés dans trois directions : analyses et synthèse des données acquises depuis 2022 sur les tertres et l'estivage porcin, en montagne basque, enrichies par la télédétection ; nouvelles prospections pédestres et par télédétection dans les Pyrénées occidentales et centrales (Irati et Oô), assorties d'enquêtes ethnographiques ; poursuite de la carte foncière des estives.Les données acquises sur les tertres d’altitude de la montagne basque et leur lien avec l’estivage porcin ont abouti, en septembre 2025, à une présentation à 9 auteurs au colloque de l’European Association of Archaeology. Celle-ci a permis de synthétiser les résultats des différentes démarches employées pour caractériser ces tertres (cartographie des archives de Jacques Blot, nouvelles prospections, enquêtes ethno-archéologiques, détection géophysique, analyses géochimiques et datations radiocarbone). L’ensemble a été complété, dans le cadre du programme TAHMM, par le dépouillement systématique du Lidar HD de l’IGN pour une reconnaissance des tertres par télédétection qui s’est avérée fructueuse. Une publication est en cours de préparation.Les prospections conduites sur le massif d’Irati (64) et celles menées autour des lacs de Saussat et Espingo dans la vallée d’Oô (31) ont été réalisées par M. Le Couédic et C. Rendu pour les premières, par C. Rendu et C. Calastrenc pour les secondes, avec les soutiens respectifs du laboratoire ITEM et de la ZA PyGar. Elles visent différents objectifs, celui de consolider des données anciennes à Irati, celui de combler la lacune de données dans les Pyrénées centrales à Oô, et un but commun : approfondir, en collaboration avec le laboratoire GEODE, la compréhension des interactions spatiales entre sites pastoraux, parcours des troupeaux et enregistrements paléo-environnementaux en lacs ou tourbières. A Sourzay et Okabé (Irati), 159 ha ont été prospectés à proximité de 2 tourbières déjà étudiées. 22 dont 19 nouvelles et cinq anciennement observées ont été relevées et cartographiés précisément, tandis que quelques structures pointées anciennement n’ont pu être confirmées. A Saussat et Espingo, 35 ha ont été couverts en prospection pédestre et par drone (photogrammétrie, thermographie) pour un inventaire final de 29 structures. La télédétection a parallèlement été étendue à tout le territoire de la commune d'Oô et aux communes adjacentes (6414 hectares), permettant la mise en évidence de 79 structures. Une semaine d'enquêtes à Oô même, a permis de recueillir de premiers (et précieux) témoignages sur l’organisation des parcours bovins et ovins, à l’échelle de la commune et sur hautes estives. Une première synthèse de l’ensemble a été présentée aux journées de la ZA PyGar en décembre 2025. Enfin, le travail sur la carte de la propriété foncière des estives se poursuit (M. Le Couédic, C. Rendu), avec le choix, après Bagnères-de-Bigorre, de continuer à l’expérimenter en Lavedan, en relation avec le PCR Saint-Savin initié par N. Pousthomis. Le traitement manuel des données n’étant plus envisageable à cette échelle, il a été décidé de créer une géodatabase permettant une manipulation plus facile et un repérage plus rapide des anomalies renseignant la compascuité.Diffusion scientifique et grand publicOutre les 2 communications déjà citées (EAA et ZA PyGAR), il faut mentionner deux séminaires à TRACES autour de la venue d’E. Gassiot, l’un au sein de l’équipe Terrae et l’autre au sein de l’équipe PSH, qui ont permis de discuter des thématiques du PCR. Les membres du programme se sont par ailleurs investis dans quatre conférences grand public, au Musée de Cerdagne en juin, à Odeillo dans le cadre des JEP (W. Galin et F. Milési), à l’université de Perpignan dans le cadre des conférences de l’AAPO (W. Galin et F. Milési, M. Martzluff). Les fouilles du Hourc ont également fait l’objet d’un article dans le n° 642 d'Arqueologia (N. Luault et C. Rendu).La vitalité des différents ateliers du PCR, riches de discussions, de formations mutuelles et de réalisations, montre, pour conclure, une forte dynamique collective, et trace des pistes solides pour l’année 2026.