Abstract
La fouille d’archéologie préventive conduite par l’Inrap en 2016, sur le site de Piechegu-ouest 2, à Bellegarde, dans le Gard, a concerné une emprise globale de 25 hectares, longue de 635 m et large de 490 m. Sur cette emprise, cinq zones de fouille, équivalant à 5,9 hectares, ont été décapées et fouillées. L’opération, qui fait suite à un diagnostic réalisé en 2015 (Bouchet et al. 2015) a livré d’exceptionnels vestiges du Paléolithique supérieur, et d’importants vestiges du Néolithique ancien à l’Époque moderne (785 structures). Le Paléolithique compte 94 faits archéologiques : 33 foyers à appareillage pierreux à plat ou en cuvette, 10 zones de combustion ou foyers déstructurés, 7 taches de sédiment rubéfié, 8 petites fosses (dont au maximum 3 possibles trous de poteau), 3 sols (sur un même niveau), et 33 occurrences de mobilier lithique (débitage du silex, dalles et plaquettes de grès calcaire, galets de quartzite). À quoi s’ajoutent 9 dépressions naturelles, dont 8 linéaires (ravine, chenal, rigole, zone de ruissellement), qui hébergent un total de 42 unités archéostratigraphiques plus ou moins remaniées.Les mobiliers mis au jour comptent au moins 100 000 silex taillés dont une grande majorité de microlithes, environ 2000 vestiges fauniques dominés par le Cheval (probablement Equus caballus gallicus) et le Renne (Rangifer tarandus), quelques dizaines d’éléments de parure en coquillage, ainsi que des plaquettes de grès et de calcaire gravées de tracés non figuratifs et de figurations, zoomorphes et anthropomorphes.Dans une séquence de plusieurs mètres de puissance, les premiers résultats archéostratigraphiques révèlent au moins 21 séquences d’occupation (45 au maximum). Elles illustrent 5 phases chronoculturelles et une phase de faible fréquentation entre les XXe et XIVe millénaires avant notre ère, depuis les prémisses du Magdalénien inférieur jusqu’au milieu du Magdalénien supérieur.La phase la plus ancienne remonte au début du XXe millénaire (18000-17700 BP, soit 21900-21500 cal BP environ). C’est la plus vieille occurrence connue à ce jour du Magdalénien en Europe. Elle est représentée par 2 ou 3 séquences d’occupation. L’un de ces niveaux, le plus complet du site, pourrait représenter une unité d’habitation de près de 30 m². Une large majorité des plaquettes gravées provient de cet ensemble, dont plusieurs représentations de chevaux qui offrent des affinités stylistiques avec l’art magdalénien des Pyrénées (Duruthy) et du Périgord (Lascaux), mais aussi avec l’art ante-magdalénien régional (Cosquer). Une dalle gravée mesurant 0,70 m de haut était probablement fichée à la verticale dans ce sol. L’industrie microlithique, habile et abondante, est typique d’un Magdalénien inférieur initial.Le Magdalénien inférieur classique compte 7 à 10 séquences d’occupation datées du XIXe millénaire cal BCE (16700-17100 BP, soit 18600-17900 cal BP). Le hiatus avec la phase précédente n’est pas nécessairement le signe d’un abandon et d’une reconquête. Il existe entre les deux une discontinuité géomorphologique, matérialisée par le fond d’un paléochenal. Les industries lithiques mises au jour dans les colluvions situées de part et d’autre de l’axe d’écoulement ont un caractère diversifié de tradition badegoulienne, qui tranche avec la rigidité techno-économique et la gracilité du Magdalénien inférieur initial sous-jacent.La fermeture du paléochenal s’accompagne d’une baisse de la fréquentation du site sur près de deux millénaires qui couvrent la seconde partie du Magdalénien inférieur et la première moitié du Magdalénien moyen ancien. Cet épisode comprend 2 à 5 séquences d’occupation de faible ampleur, inscrites dans des dépôts interprétés comme des lœss in situ et/ou peu remaniés.Le passage du Magdalénien inférieur au Magdalénien moyen s’accompagne à Piechegu d’un changement de stratégie d’exploitation et/ou du biotope : le renne va supplanter largement le cheval, le bouleau et le chêne viennent concurrencer l’exclusivité du pin.Le Magdalénien moyen ancien à lamelles scalènes est tardif, daté du début du XVIe millénaire (14600-14500 BP, soit 17900-17700 cal BP). Il recèle une plaquette gravée représentant une vulve, dont le seul équivalent connu à ce jour provient du dispositif pariétal de la grotte de Cazelle en Dordogne. Cette phase a connu au maximum 3 séquences d’occupation. Il existe un continuum temporel entre la fin du Magdalénien moyen ancien et le Magdalénien moyen récent, lequel perdure presque un millénaire entre le XVIe et le XVe millénaires avant notre ère (14300-13800 BP, soit 17600 à 16800 cal BP). Le faciès récent, qui compte 5 à 16 séquences d’occupation dans des colluvions fines, est un faciès à lamelles à dos étroites souvent pointues, parfois assez proches des microgravettes.La suite magdalénienne se conclut par une ou deux occupations du Magdalénien supérieur ancien, datée(s) du début du XIVe millénaire avant notre ère (13200 BP, soit 16000 à 15800 cal BP). La série lithique est très modeste, sans outil, mais avec des nucléus compatibles avec la fabrication de pointes à dos rectiligne.