Résumé
L’opération de fouille préventive Limoux – Flassa-ouest a été prescrite par le Service Régional de l’Archéologie à la suite d’un diagnostic archéologique suscité par un projet contournement routier del’agglomération de Limoux, porté par le Conseil Départemental de l’Aude. D’une superficie totale de 2400 m², les deux zones de fouille prescrites par le SRA se situent au pied du versant ouest de la vallée de l’Aude, à 100 et 400 m du centre d’une vaste villa antique occupée du Ier s. av. n. è. au Ve s. de n. è., la villa de Flassian, sondée ponctuellement dans les années 1970 et 1980, et à 700 m ducours actuel du fleuve Aude. L’opération de fouille a été réalisée par ACTER archéologie durant l’été 2018 (RO. J. Mantenant). Au total, 107 faits ont été identifiés dans les deux zones de fouilles. De nature assez diversifiée (structures bâties, fosses, trous de poteaux, foyers, fours, fossés, paléochenaux), ces faits sont pour la plupart rattachés à trois grandes occupations : un habitat de l’Antiquité tardive dans la zone 1, aunord, une occupation indéterminée (habitat et/ou espace artisanal ?) et un atelier de chaufournier dans la zone 2 (sud), la plus proche de la villa de Flassian. L’occupation nord (zone 1, Flassa-ouest 1) est de loin la plus importante. Elle correspond à un habitat occupé à la fin du Ve s. et durant la première moitié du VIe s. Aucune trace d’occupation antérieure ou postérieure n’a été clairement identifiée. Pour autant, le site a connu durant cette courte période plusieurs phases d’aménagements. Les indices les plus anciens d’occupation pérenne du site identifiés dans l’emprise de la fouille correspondent à un grand bâtiment de plan rectangulaire (11 x 7,70 m), orienté N/S. Il est formé de quatre murs chaînés d’une largeur moyenne de 0,55 m, dont il subsiste fondations et, localement, une partie de l’élévation. Ils sont constitués de deux alignements de cailloux roulés et de cailloux non équarris (10 < 20 cm, dont calcaire) posés de chant, enserrant un blocage interne de cailloux (< 10 cm) liés par un sédiment argilo-limoneux brun, et dont la fondation repose sur un lit de petits cailloux. Il s’agit probablement de solins, supportant des murs en matériaux plus légers : des fragmentsde terre architecturale ont été régulièrement identifiés dans les niveaux d’abandon/destruction du site. A l’ouest, une fosse de grandes dimensions et de plan vaguement rectangulaire (L 3,70 m ; l > 3,30 m ; prof. 0,80 m) pourrait être contemporaine de ce premier bâtiment. Son comblement, mais aussi la présence d’un trou de poteau en position centrale, incite à l’interpréter comme les vestiges d’un bâtiment excavé vraisemblablement aménagé sur poteau porteur. Enfin, à l’est de ESP1017, un autre bâtiment est aménagé (ESP1015). Nettement plus réduit et orienté O/E (9 m min. x 3,10 m), il est bâti suivant des techniques de construction similaires à celles mises en oeuvre dans ESP1017. Au cours des phases suivantes, les deux espaces ESP1017 et ESP1015 sont agrandis, par l’adjonction de plusieurs espaces complémentaires aménagées suivant des techniques similaires. La fosse FS1008, abandonnée, est recoupée par l’un des murs construits à ce moment-là. Les autres vestiges de bâtiments observés sur le site, au sud-est et à l’est (UNF1086, UNF1084) partiellement conservés, relèvent de techniques de constructions similaires. Au total, l’ensemble des aménagements observés couvrent une surface minimale de plus de 400 m², le site se poursuivant vers l’est au-delà des limites de la fouille. Par les techniques de construction mises en oeuvre, les dimensions et l’organisation générale du site, le site de Flassa-ouest 1 se distingue nettement de l’occupation identifiée à Flassa-ouest 2. Il se rapproche au contraire, par les techniques de construction mises en oeuvre, de la villa de Flassian (Rancoule, Roger 1994). De fait, à l’heure actuelle, au moins trois hypothèses peuvent être émises : soit le site de Flassa-ouest 1 correspond à un établissement rural important créé ex-nihilo alors même que la villa de Flassian n’est plus occupée, soit le site est créé en périphérie immédiate du site de la villa encore occupée, soit, enfin, les vestiges observés correspondent à une extension tardo-antique d’un site préexistant, situé au-delà des limites de la fouille et contemporain de la villa. Chacune de ces hypothèses soulèvent de nombreuses interrogations quant au statut du site de Flassa-ouest 1. En particulier, la question d’un lien socio-économique entre Flassa-ouest 1 et la villa de Flassian peut être posée. L’étude du mobilier recueilli lors de la fouille de site a d’ailleurs révélé plusieurs particularités (forte proportion d’amphores africaines, et, a contrario, faible proportion de vaisselle ; présence d’une francisque associée à un abondant mobilier en verre dans le comblement d’une fosse…) qui, à ce stade, restentdifficiles à interpréter. Dans la zone 2, deux sites ont été identifiés. Dans la partie centrale, un atelier de chaufournier, actif durant l’Antiquité, a été installé dans la pente, au pied du versant ouest de la vallée de l’Aude, à moins d’une centaine de mètres du centre de la villa de Flassian. Il est constitué de trois fours d’environ 2 m de diamètre et conservés sur 2 m de hauteur au maximum, associés chacun à une fosse de travail. Ces fours n’ont pas fonctionné de manière concomitante, mais paraissent au contraire se succéder dans le temps, les chaufourniers réutilisant partiellement le four précédent, abandonné, pour aménager une nouvelle structure de chauffe. Ces structures présentent de nombreuses similitudes avec les fours à chaux antiques identifiés à Cépieen 2014 (fouille ACTER archéologie : Gaillard 2018). De forme tronconique, ils sont dotés à leur base d’une fosse centrale, où était installé le foyer, reliée à la fosse de travail par une gueule et entourée d’une banquette surélevée semi-périphérique de quelques décimètres de largeur supportant la charge de calcaire. Dans chacune des trois fosses de travail étudiées, une partie du chargement, non transformée, a été découverte. Les matériaux exploités correspondent systématiquement à des galets de calcaire, provenant probablement des alluvions récents et anciens de l’Aude. Dans lamesure où cet atelier se trouve à moins d’une centaine de mètres du centre de la villa, et donc à quelques dizaines de mètres des bâtiments de ce domaine, on peut supposer que ces fours ont été implantés sur ce point dans le but d’alimenter en chaux la villa.Enfin, au nord de la zone 2, une petite occupation a été aménagée à la fin de l’Antiquité au pied du versant ouest de vallée de l’Aude. Elle présente plusieurs états, qui se sont rapidement succédés dans le temps. Dans un premier temps, un bâtiment excavé bâti en matériaux légers est aménagé dans la pente. A ce bâtiment léger succède ensuite, après remblaiement partiel de l’emplacement, une construction datant probablement de l’Antiquité tardive mais dont il reste peu de chose, hormis quatre fondations de mur, ou solins, constitués de pierres liées à la terre, et présentant des techniques de constructions distinctes des aménagements précédents, plus proches des techniquesmises en oeuvre 250 m plus au nord, sur le second site fouillé en 2018, Flassa-ouest 1. La nature de ce site reste à caractériser. Plusieurs indices prouvent qu’il a accueilli notamment une activité de forge. De fait, il faut probablement restituer sur ce point un habitat et/ou un espace artisanal occupé à la fin du Ve s. et durant la première moitié du VIe s. contemporain de l’habitat identifié dans la zone 1 et, peut-être, de la villa de Flassian.