Résumé
L’opération archéologique menée en 2021 au lieu-dit les Aybrines à Thuir a été motivée par laconstruction d’un lotissement par le groupe immobilier Angelotti. Cette fouille s’inscrit dans une zone archéologiquement bien documentée où 25 ha ont pu être investigués depuis 1994. Ce sont 1 campagne de prospection-inventaire, 4 diagnostics et 1 fouille qui ont été réalisés aux abords du secteur étudié.L’opération est localisée à l’extrémité occidentale de la plaine du Roussillon et plus précisément au pied du massif des Aspres dans un secteur enserré entre l’hôpital et le centre ancien de Thuir.Elle s’est déroulée du 4 mai au 13 août 2021 avec une équipe composée de personnels Inrap et de bénévoles de l’Association Archéologique des Pyrénées-Orientales.D’une surface de 19200 m2, l’emprise se divise en 5 secteurs. Au sud, les secteurs 3, 4 et 5 sont localisés sur des terrasses qui s’étagent d’ouest en est avec des altitudes variant de 133 à 115 m. Au nord, le secteur 1 occupe une zone relativement plane qui culmine à une altitude de 122 m. Il voisine avec le secteur 2 qui est situé à flanc de colline et qui présente un pendage nord-ouest/sud-est de l’ordre de 3% avec des altitudes variant de 123 à 118 m. Le còrrec dels Vidrers sépare les zones de fouille nord et sud. Les secteurs 1 et 2 ont une étendue respective de 4500 et 5600 m2 tandis que les secteurs 3, 4 et 5 ont une surface de 5500, 3000 et 600 m2.À l’intérieur de ces fenêtres, les vestiges ont été rencontrés entre 0,40 et 0,70 m de profondeur sous la surface actuelle. Ils apparaissent majoritairement sous le niveau des labours et sont creusés dans les argiles et limons sous-jacents. Pour l’essentiel, il s’agit de structures datées du Néolithique final jusqu’à nos jours avec en point d’orgue une occupation des VIe-Ve s. av. n.-è. et un établissement rural antique de type villa. Les niveaux de sols anciens ne sont plus présents et devaient du moins pour la fin du premier âge du Fer et la période romaine, se trouver à une altitude similaire au sol actuel.Près de 50 structures appartenant à la Préhistoire récente et à la Protohistoire ont été découvertes. Il s’agit d’aménagements de différentes natures (trous de poteaux, silos, puits, etc…) qui se distribuent au sein des secteurs de fouille 1 à 4 avec une présence forte en secteurs 2 et 4. La plus grande partie de ces excavations appartient à un habitat dispersé de la fin du premier âge du Fer, avec une chronologie centrée entre la fin du VIe et la première moitié du Ve s. av. J.-C. Les autres périodes représentées se rapportent au Néolithique final et à la période Campaniforme et de manière plus anecdotique au Bronze final III.Les aménagements d’époque romaine correspondent aux reliquats d’un vaste établissement rural de type villa ayant fonctionné entre le milieu du Ier s. de notre ère jusqu’à la fin du IVe - début du Ve s. Ces vestiges se répartissent inégalement au sein des 5 secteurs étudiés. Le coeur du site se trouve en secteur 1. Il héberge les restes de la partie résidentielle ainsi que des aménagements liés à la partie productive. Le secteur 2 se trouve en périphérie immédiate des zones de vie. Il a principalement livré les traces de 2 chemins. Les secteurs 3 et 4, plus éloignés de la zone d’activité principale, ont conservé des traces d’activités humaines plus lâches matérialisées par la présence de 4 probables silos en secteur 3 et d’une possible fosse en secteur 4. Trois fours à chaux ont été étudiés en secteur 5. Au niveau des datations, un nombre relativement équivalent d’aménagements appartient au Haut et au Bas Empire.Pour le début du haut Moyen Âge, un ensemble de fosses appartenant potentiellement à la deuxième moitié du Ve s. et/ou à la première moitié du VIe s. ont été mises en évidence dans les secteurs 1 et 3 de la fouille et une réoccupation du balnéaire de la villa est attestée durant le VIIe s. Ces aménagements mettent en lumière une continuité de l’occupation au coeur de la villa ainsi que dans son espace périphérique postérieurement à l’époque romaine. Les données collectées ne permettent cependant pas de qualifier l’importance de ces installations, de définir les formes qu’elles prenaient ni d’estimer les différentes durées d’occupation.Pour la suite du haut Moyen Âge, l’occupation la mieux caractérisée correspond à 6 silos retrouvés en secteur 1. Ils sont datés des VIIIe-IXe s. et forment un groupe cohérent pouvant appartenir à une petite unité agricole.Du Moyen Âge central à nos jours, les aménagements ayant pu être identifiés correspondent essentiellement à des drains et à des fosses de plantation. Ils ne renvoient plus l’image de communautés installées dans ce secteur mais plutôt celle d’une mise en valeur du terroir par des populations s’étant déplacées.