Résumé
Afin d'inventorier les espèces de poissons des côtes de Méditerranée Française en ciblant un habitat clé mais encore peu étudié (l’interface infralittoral/circalittoral (autour de -15 m en Occitanie et -30 m en PACA), notre équipe a combiné deux approches complémentaires : ADNe et enquêtes. Le métabarcoding de l’ADN environnemental (ADNe) a été réalisé en 2024 le long de 136 tronçons (2,5 ou 5 km) divisant toute la côte méditerranéenne française continentale (Occitanie et Provence-Alpes-Côte-d'Azur). Les enquêtes auprès des pêcheurs artisans ont été menées en 2024 et 2025 afin de confronter données scientifiques et savoirs locaux.On observe des différences parfois nettes entre les espèces identifiées par ADNe et celles citées par les pêcheurs artisans, ce qui peut traduire à la fois une bonne sélectivité (les captures et déclarations se concentrent sur les espèces d’intérêt commercial) et une réelle complémentarité des approches, l’ADNe détectant aussi des espèces discrètes ou non pêchées. Le delta du Rhône ressort en outre comme une zone charnière : l’ouest apparaît plus homogène et souvent dominé par des fonds sableux, tandis que l’est présente des habitats plus variés (posidonie/roche/coralligène), avec un signal environnemental marqué au niveau du delta, notamment une baisse de salinité. Ces contrastes se retrouvent dans les indicateurs de biodiversité ADNe et dans les données de pêche, suggérant des communautés et des usages distincts de part et d’autre.Plusieurs indicateurs de biodiversité (richesse spécifique, diversité fonctionnelle, diversitéphylogénétique, indicateur thermique, espèces d’intérêt commercial ou à enjeu de conservation) ont révélé une forte variabilité spatiale le long du littoral qui peut être liée aux habitats, aux pressions humaines et aux conditions environnementales.IPOCOM démontre que l’approche intégrée – combinant ADNe, mesures environnementales, enquêtes auprès des pêcheurs et analyse des pressions – permet non seulement de dresser un état des lieux précis et exhaustif, mais aussi de mettre en lumière les décalages et complémentarités entre méthodes. En proposant des éléments objectifs pour la conservation et la gestion durable, tout en reconnaissant et valorisant les savoirs des pêcheurs, un chemin se dessine pour renforcer l'engagement dans la protection d’un patrimoine commun, la biodiversité méditerranéenne.