Résumé
Ce rapport examine la faisabilité et l'opportunité d'employer la pomme de terre, culture à double fonction, subsistance et rente, dans les programmes de diversification agricole ou maraichère, en vue de la souveraineté et sécurité alimentaire dans les terroirs sud-soudaniens du Burkina Faso. La méthode part de l'état de l'art sur les besoins théoriques de la pomme de terre, de l'étude des milieux de la zone de Dano (zone sud-soudanienne du Burkina Faso) et du marché de Bobo-Dioulasso, ainsi que d'enquêtes sur les pratiques dans un site de production burkinabe (Karangasso-Sambla, 1100mm de pluie). La principale condition adverse étant les fortes températures à la tubérisation, la seule fenêtre possible pour sa culture est la saison sèche froide, et le seul lieu possible les bas-fonds, qui non seulement bénéficient pendant cette saison d'une température nocturne inférieure de 6° à celle des pentes et plateaux, mais possèdent des ressources en eau faciles d'accès. Avec le changement climatique, la saison sèche froide a le moins varié en température (+0,5° en janvier contre +2° en avril et +1° en aout en 50 ans). Cette stabilité relative est un atout pour cette production sensible à la chaleur. En revanche Dano (950mm de pluie) s'avère limite au plan des ressources en eau, qui peuvent s'avérer difficiles d'accès en l'absence de retenues, certaines années, surtout dans les bas-fonds argileux où les puisards et drains ont un faible débit. Les sols argileux ne sont pas non plus les plus propices. Sur le plan économique, la bonne valorisation urbaine de la pomme de terre (généralement importée) chute à la saison de récolte (février-mars), ce qui rend les plantations tardives non rentables, faibles rendements et faibles prix, restreignant la fenêtre de plantation aux mois d'octobre et novembre. Avantage non négligeable, le rendement de riz double après une culture de pomme de terre. La disponibilité des semences dès octobre et la facilitation de leur accès (semences subventionnées) joueront un rôle majeur dans la réussite de cette culture de diversification. Les pratiques très intensives observées à Karangasso-Sambla (dose élevée de fertilisants minéraux), posent un problème potentiel quant à la qualité des tubercules et l'impact sur l'environnement des zones humides. Des pratiques plus écologiques devront être testées et promues.