Résumé
Les prédictions sur le climat futur placent la région méditerranéenne et ses lagunes au coeur de la problématique sociale et environnementale du changement climatique. L’augmentation de la température de l’eau, l’élévation du niveau de la mer, et l’intensification des événements climatique extrêmes (tempête, précipitations, chaleur) sont identifiées aujourd’hui, par le GIEC, comme des pressions majeures sur les écosystèmes lagunaires . A travers une revue systématique puis d’une méta-analyse basées sur les articles publiés sur la période 1975-2020 et indexé dans «Web of Science », ce travail s’est focalisé sur la compréhension des effets du changement climatique et des événements climatique extrêmes sur les milieux lagunaires. La question de ces effets a été abordée de manière générale (milieux lagunaires), puis centrée sur les quatre espèces d’angiospermes marines inféodées aux lagunes méditerranéennes françaises poly-euhalines, à savoir Zostera marina, Zostera noltei, Cymodocea nodosa et Ruppia cirrhosa. Seuls 62 articles traitent de la question des effets du changement climatique sur les milieux lagunaires à l’échelle mondiale. Ces articles se basent principalement sur des travaux de modélisation et d’ expérimentations en laboratoire. L’observation in situ est très en retrait et aucune étude n’est basée sur de l’expérimentation in situ. D’après nos résultats, l’augmentation de la température est la pression la plus étudiée. Celle-ci favoriserait les communautés phytoplanctoniques, compartiment biotique le plus étudié à ce jour. À l’échelle des lagunes méditerranéennes, aucun article scientifique ne traite de la question de l’effet du changement climatique sur les herbiers. En élargissant la recherche à l’impact du changement climatique sur les herbiers de Zostera marina, Zostera noltei et Cymodocea nodosa en milieu côtier, 36, 14 et 15 articles ont pu respectivement être analysés. Aucune étude n’est en revanche disponible pour Ruppia cirrhosa. Sur la base majoritairement d’expériences au laboratoire ou en mésocosme, l’augmentation de la température aurait un effet globalement négatif pour Zostera marina et Zostera noltei mais positif pour Cymodocea nodosa. Les vagues de chaleur induiraient un effet négatif sur les herbiers de Zostera marina mais l’effet de cette pression pourrait différer en fonction de l’origine de la plante. Même si la transposition de ces réponses aux herbiers des milieux lagunaires méditerranéens semble complexe, ceci pourrait ainsi induire le remplacement potentiel en milieu lagunaire méditerranéen de l’espèce Zostera marina par Cymodocea nodosa dans le futur. Sur la base de ce travail bibliographique, l’état des connaissances actuelles ne permet que difficilement de prédire quel sera l’impact du changement climatique et comment cela pourrait modifier l’état écologique des lagunes et de leurs herbiers, d’une part, et leur rôle écologique et socio-économique, d’autre part. Parmi les perspectives de ce travail, des travaux sur les signes précurseurs de basculement devront être lancés pour comprendre et interpréter la dynamique future de ces systèmes côtiers naturellement sous pression.