Résumé
Les fouilles menées en 2019 sur la commune de Cintegabelle, au lieu-dit « Califour et Rego Loungo », en préalable à la construction d’un collège, ont permis la découverte de plus de 720 vestiges archéologiques (réparties en 4 phases d’occupation) sur une surface de 1,3 ha, à quelques centaines de mètres à l’est du village perché de la châtellenie médiévale. Pour la fin de l’Antiquité, un trésor monétaire déposé dans une amphore, arasée, de type Almagro 51C a été découvert, avec plus de 200 monnaies dont la dernière émission date de l’année 274. Un fossé a livré une importante quantité de mobilier (céramique, verre, métal, TCA, etc.) qui permet de dater son abandon dans la première moitié du Ve siècle. Enfin, un mausolée à hypogée, de plan carré et construit en maçonneries de galets et de briques, a été découvert. Il est datable de la fin de l’Antiquité, probablement des IVe-Ve siècles. L’espace souterrain était voûté et doté d’une porte. Il n’a livré aucun aménagement, ni aucun mobilier, à l’exception du sol en mortier de tuileau : il a été entièrement vidé, à la fin du Ve ou dans le courant du VIe s., puis comblé par de puissants apports sédimentaires. C’est au premier Moyen Âge que le secteur est le plus intensément occupé. Les tombes les plus anciennes (VIIe siècle), implantées en rangées, livrent un rare mobilier funéraire (boucles de ceinture, fibule ansée symétrique, couteau, etc.). Elles appartiennent en réalité à un vaste ensemble funéraire qui se développe jusqu’au milieu du XIe siècle environ, composé de près de 430 sépultures, le plus souvent en fosse simple, ainsi que de 13 dépôts secondaires. L’étude spatiale permet de distinguer deux ensembles funéraires ainsi que de très petits groupes funéraires situés en marge et quelques inhumations dispersées. Deux murs d’un probable bâtiment sur fondations de galets ont été reconnus au milieu de l’espace funéraire : ils pourraient bien correspondre à un édifice religieux même si le statut exact de l’édifice au cours du haut Moyen Âge (memoria initiale ? église paroissiale ?) n’est pas connu. L’étude biologique des individus inhumés évoque l’image d’une communauté rurale modeste, à travers une population naturelle de type préjennerien. En parallèle, le site voit le développement d’une occupation rurale, plus particulièrement à partir des VIIIe-IXe siècles. La fouille a permis de recenser plus de 120 fosses, dont 85 silos avérés ou probables, ainsi que des fossés, des trous de poteau, des fosses de plantation (vigne), une dizaine de fours enterrés culinaires, etc. Aux Xe-XIe siècles, la vocation du site est essentiellement agricole, ce que confirment les études de mobilier et les analyses. Les structures rurales se succèdent jusqu’au XIIe siècle au moins, sans qu’un habitat organisé ne soit clairement décelable (sauf peut-être en partie méridionale). On observe un hiatus à partir du XIIIe siècle et jusqu’au XVIIe siècle environ, période à laquelle apparaît un réseau de fossés de grand parcellaire agricole. Ce parcellaire trahit une intensification, de la mise en culture et des labours, probablement continue jusqu’à nos jours.