Abstract
Le Groupement d’intérêt scientifique (GIS) HomMer a initié courant 2015 une réflexion collective sur la capacité de charge (CC) et son utilité dans une perspective d’aide à la décision dans les aires marines protégées. Ce document synthétise les résultats de deux revues de littérature qui avaient pour principaux objectifs :(i) de décrire l’évolution historique des significations de la CC depuis son apparition ;(ii) de préciser les principales dimensions et caractéristiques de ce cadre analytique ;(iii) d’identifier les approches fréquemment utilisées pour son évaluation à des fins d’aide à la décision dans le champ de la gestion de l’environnement.Les principaux résultats de ce travail documentaire sont les suivants.Quatre principales significations ont été attribuées à la CC au cours des deux derniers siècles : son sens premier a trait au dimensionnement d’un produit manufacturé pour une charge déterminée ; la deuxième désigne un attribut des organismes vivants ou des systèmes naturels (quantité de X que Y peut transmettre ou supporter) ; la troisième est la limite intrinsèque de croissance des populations (paramètre K de la fonction logistique) ; et la quatrième détermine une relation fonctionnelle entre population et environnement à petite échelle (approche néo-malthusienne). Si toutes sont encore employées, l’usage commun a aujourd’hui plutôt consacré la dernière signification évoquée.Lorsque la CC est mobilisée dans des travaux scientifiques s’inscrivant dans une démarche d’aide à la décision pour la gestion de l’environnement, il est souvent fait référence à cinq dimensions distinctes : physique, biologique, écologique (ou environnementale), sociale (ou psychologique, ou culturelle) et économique. Des définitions plus synthétiques existent également en combinant au moins deux des dimensions citées ci-dessus. Plus généralement, il ressort de la majeure partie des définitions consultées que la CC fait référence à un seuil (l’inflexion sommitale de la courbe logistique) utilisé comme référentiel pour désigner, soit un objectif à atteindre, soit une limite à ne pas dépasser. Généralement exprimée sous forme quantitative, son utilisation dans une perspective d’aide à la décision est souvent normative.Quatre grands types de démarches d’évaluation de la CC, répondant à des finalités distinctes, ont été identifiés : (i) maximiser un état de conservation (espèce, habitat, …) ou d’exploitation (ressource), (ii) réduire les dégradations environnementales, (iii) améliorer le bien-être des usagers, (iv) renforcer la durabilité d’un territoire. Toutes font appel à des méthodologies différentes et leur mise en oeuvre créée des difficultés spécifiques (identification de seuil, caractérisation d’une « norme sociale », définition d’équivalences entre grandeurs de nature différentes, …), mais aussi communes, notamment le manque de connaissances nécessaires à leur réalisation. Les recommandations d’actions de gestion réalisées à l’issue des évaluations considérées sont souvent de nature coercitive, ce qui confirme la dimension fortement normative de la CC encore aujourd’hui.Enfin, partant du constat que la mesure « scientifique » de la CC ne suffit pas pour la définition d’actions de régulation effectives, nous concluons en soulignant que les efforts de recherche devraient porter davantage sur la mise en débat des questions qui y sont associées (croissance, impacts, choix politiques, projet de territoire). Mais la CC ne nous semble pas être le cadre analytique le plus approprié pour les explorer.