Résumé
L’objectif principal du projet CAMP (2009-2012) était d’estimer la connectivité effective entre les Aires Marines Protégées (AMP) du sud-ouest de l’océan Indien (SOOI) par le biais de la génétique des populations appliquée à 3 modèles biologiques : Epinephelus merra, Lutjanus kasmira et Myripristis berndti. L’objectif final est de fournir des éléments de réflexion aux gestionnaires afin de contribuer significativement au dessin du réseau des AMP dans le SOOI. Au terme du projet et grâce à une coopération avec la Réserve Naturelle Marine de La Réunion et 5 partenaires internationaux de la région SOOI, 414 M. berndti, 623 L. kasmira et 731 E. merra ont été échantillonnés dans 16 sites différents du SOOI (La Réunion, Mayotte, Geyser, Europa, Juan de Nova, Glorieuses, Rodrigues, Maurice, Mohéli, Grande Comore, Seychelles, Kenya, Tanzanie, Maldives et Madagascar – 2 sites). Les analyses génétiques ont été réalisées sous assurance qualité au sein du laboratoire de la Délégation océan Indien de l’Ifremer (station de La Réunion). Les résultats des analyses génétiques sur ces 3 espèces ont montré des niveaux de connectivité régionale très différents, allant d’une espèce montrant un degré de connectivité très importants (L. kasmira) à une espèce avec des populations beaucoup plus isolées (E. merra). L’analyse comparée des différents sites géographiques échantillonnés met, entre autre, en évidence que (1) Le bassin des Comore, regroupant les îles du nord du canal du Mozambique, semble être une zone de fort brassage pour ces trois espèces; (2) Les îles océanique isolées telles que celles des Mascareignes, à l’est de la zone d‘étude, ou Europa, dans le sud du Canal du Mozambique, semblent être génétiquement moins connectées au reste de la région SOOI; (3) La zone nord-ouest du SOOI (Kenya) semble avoir une connectivité plus restreinte avec le reste de l’OI, ou pour le moins subir l’influence d’autres zones comme les Maldives ou plus généralement le Nord de l’OI. Cette étude a donc mis en évidence des zones intéressantes pour identifier des « Unités de Gestion sous-régionales» distinctes, avec notamment le plateau des Mascareignes, et le sud du canal du Mozambique. A l’intérieur de chaque Unité, les gestionnaires peuvent alors structurer le réseau des Aires Marines Protégées en s’appuyant cette fois sur des critères locaux (biodiversité, habitats, socio-économie…) et en incitant les scientifiques à travailler aux interfaces de ces Unités de Gestion pour en affiner les limites spatiales.