Résumé
Cet avis vise à remettre en débat le mode de gestion des excrétats humains (urines et matières fécales) vers des alternatives davantage sobres et circulaires, présentant des bénéfices potentiels sur les plans hydriques, environnementaux, sanitaires, économiques et de souveraineté alimentaire. Depuis plusieurs décennies, le tout-à-l’égout est le mode dominant de gestion des excrétats humains dans les villes occidentales, ce qui tend à le faire considérer comme naturel. Pourtant, les limites de ce mode de gestion, majoritairement linéaire, présentent de forts enjeux en termes de soutenabilité et de résilience. Les nombreuses alternatives à ce mode de gestion, communément nommées « séparation à la source des excrétats humains », tendent à se développer depuis dix ans sur le bassin Seine Normandie, au point que ce bassin est désormais devenu une référence mondiale en matière de séparation à la source des excrétats humains (Binz, 2024). Les filières professionnelles de gestion alternative pour une valorisation agricole sont actuellement en émergence. Il y a un intérêt stratégique à favoriser le développement de ces filières, ce qui nécessite le soutien de la puissance publique et la coordination des acteurs. À court terme, de très nombreuses opportunités « sans regret » sont à saisir. À long terme, le déploiement de la séparation à la source doit être pensé en articulation avec la remise en cause plus générale du paradigme actuel de gestion de l’eau et de l’alimentation, incompatible avec le respect des limites planétaires et les adaptations nécessaires aux changements climatiques et géopolitiques