Abstract
Les amateurs d'émotions footballistiques se souviennent de cette finale de juillet 2000. Les bleus de Zidane et Deschamps étaient prisonniers depuis près de 40 minutes d'un piège italien qui avait presque achevé de se refermer définitivement sur eux et de les priver d'ajouter un sceptre européen à leur couronne mondiale. Mais l'égalisation de Wiltord à seulement 54 secondes du coup de sifflet final allait d'un seul coup -de théâtre, dirons-nous- balayer la résignation ambiante au profit d'un élan d'optimisme qui allait s'avérer des plus fructueux pour la suite des événements. Les recherches scientifiques récentes en psychologie nous montrent qu'une situation établie -comme par exemple, un score en sport ou en politique- prédit souvent moins bien l'avenir que la dynamique, c'est-à-dire l'histoire, selon laquelle la situation en question s'est construite. Un élan vertueuxAinsi, revenir sur ses adversaires dans la dernière ligne droite procure-t-il un élan vertueux qu'un coude-à-coude, voire un avantage, prolongé ne pourra jamais offrir. Chez les Anglo-saxons, cet élan psychologique est connu sous le nom très familier de momentum, qui, malgré son étymologie latine, n'a pas encore pénétré notre vocabulaire quotidien. Mais cela ne saurait tarder, tant notre société de communication mondialisée est friande d'anglicismes populaires, à moins que les électeurs français ne préfèrent désormais parler d'effet Fillon.