Abstract
et physiologiques des divers facteurs (glycémie sanguine, équilibre hydrominéral, etc.) ; on parle d'osmorégulation pour ce qui concerne la régulation de la salinité. L'osmorégulation est donc l'ensemble des réactions permettant la régulation des concentrations en sels dissous contenus dans les tissus d'un organisme. Les équilibres osmotiques peuvent être perturbés et nécessiter la mise en oeuvre de coûteux mécanismes de réabsorption ou d'élimination d'eau ou de certains ions dissous, à travers notamment des surfaces d'échange que sont les téguments externes dont généralement les branchies, mais aussi des organes internes comme par exemple, chez les poissons, l'intestin, le rein ou la vessie. La tolérance des organismes vis-à-vis des variations de salinité auxquelles ils sont naturellement soumis participe à définir leur niche écologique. Lorsqu'ils sont tolérants à une large gamme de salinité (euryhalins), certains se conforment à la salinité du milieu ambiant (ils sont dits alors osmoconformeurs) et Le changement global provoque une cascade d'effets dont l'un des moins connus est l'augmentation du taux de sel dans les mers et les estuaires. Est-il possible de prévoir comment réagiront les organismes marins qui devront y faire face ? Changement global et salinité : Quel sera le prix du sel ? Par Bruno Guinand, maître de conférences à l'université de Montpellier, département biologie-écologie, institut des sciences de l'évolution de Montpellier, et Mbaye Tine, maître de conférences à l'université Gaston Berger, Saint-Louis du Sénégal D epuis quelques dizaines d'années et en particulier depuis le début des années soixante-dix, la réduction des précipitations, l'évaporation accrue et l'exploitation irraisonnée des eaux souterraines ont entraîné un accroissement de la salinité de certains écosystèmes aquatiques de régions tropicales et tempérées. C'est le cas pour les mers ou les golfes fermés (Méditerranée, mer Rouge, golfe de Californie, etc.). Dans certains systèmes côtiers, sur tous les continents, la salinité peut varier sensiblement au cours d'une même année ou d'une année à la suivante. Dans certains estuaires dits "inverses" la salinité est constamment plus forte dans certaines zones situées en amont en raison de phénomènes d'évaporation intense. De telles situations se rencontrent par exemple en Afrique occidentale, en Australie ou dans la péninsule Arabique. Si la salinité en amont de tels écosystèmes n'atteint pas celle de la mer Morte (environ 275 g/l), elle peut atteindre plus de 100 g/l de sels dissous, soit environ trois fois la salinité de l'eau de mer. Les estuaires inverses sont devenus de quasi déserts biologiques où seuls des micro-organismes, quelques algues et espèces animales (tout particulièrement des poissons, des invertébrés, des mollusques, des vers annelés) peuvent survivre. Si la température est sans conteste le facteur qui influence majoritairement la biologie générale (croissance, reproduction , etc.) et l'écologie de ces organismes, il n'est pas le seul. Physiologiquement, température, pH, concentration en oxy-gène et salinité interagissent et conditionnent leurs performances , voire leur survie. Répondre aux variations de ces différents paramètres impose aux organismes des dépenses énergétiques. Néanmoins, l'augmentation de salinité liée au changement climatique engendre des "coûts" peut-être plus forts que ceux liés à la température, coûts qu'il est aujourd'hui possible de mieux comprendre, notamment grâce à certaines espèces de poissons particulièrement résis-tants à l'hypersalinité. Augmentation de salinité et coût biologique Un organisme aquatique est le plus souvent soumis à une différence de salinité marquée entre son milieu interne, dont il doit assurer la régulation, et le milieu aquatique dans lequel il évolue. La capacité d'un organisme à maintenir son métabolisme en équilibre dans la gamme de valeurs qui lui convient est nommée homéostasie. Celle-ci regroupe tous les mécanismes de régulation biochimiques, métaboliques Le fleuve Saloum à Kaolack, une localité où la salinité de l'eau peut atteindre une concentration trois fois supérieure à celle de l'eau de mer (cliché M. Tine). Les organismes aquatiques peuvent être définis selon leur tolérance aux variations de salinité. Certains organismes sont dits "sténohalins" soit d'eau douce, soit d'eau salée (eau de mer). Ils sont faiblement tolérants aux variations de salinité et ont une niche écologique-ici définie par la salinité-étroite. Ils s'opposent aux organismes "euryhalins", tolérant d'importantes variations de salinité, exploitant une large niche écologique. Parmi les organismes euryhalins, plusieurs réponses physiologiques peuvent être observées. Séchoirs à poissons à Missirah dans l'estuaire du Sine-Saloum (cliché M. Tine). 32 33 ESPÈCES № 24-Juin 2017 ESPÈCES № 24-Juin 2017 logie RECHERCHE-Biologie marine Botanique Primatologie Malacologie Zoologie Climatologie Entomologie Écologie Physiologie-La salinité Océanographie Ethnologie