Abstract
Les femmes consommatrices de drogues injectables sont soumises à plusieurs vulnérabilités qui souvent sont aussi à l'origine de leur addiction. Outre le problème d'addiction, la littérature disponible montre qu'elles sont souvent plus confrontées que les hommes à la précarité, aux pathologies infectieuses et à la stigmatisation. Le cumul de ces situations affecte la santé générale des femmes. Depuis son ouverture en 2015, les femmes sont minoritaires au Centre de Prise en charge Intégré des addictions (CEPIAD), premier centre de soins moderne pour les usagers de drogues (UD) de l'Afrique de l'Ouest offrant la méthadone. Cet article vise à décrire et à analyser les trajectoires de sorties de l'addiction des femmes UD au Sénégal à travers trois récits de vie détaillée. Nous proposons de décrire les expériences des femmes usagères de drogues en utilisant le concept sociologique de 'trajectoire '. Définies comme une suite d'événements se produisant à la fois dans le temps historique et dans le temps biographique, qui peuvent être interprétés au travers de séquences reflétant des processus sociaux, les trajectoires de vie, de consommation et de soins, permettent d'appréhender les déterminants sociaux de l'expérience des femmes, qui fréquentent ou pas le dispositif de prise en charge. Il s'appuie sur des observations et des récits de vies menés entre 2017 et 2021 auprès de 34 femmes à Dakar et à Mbour dans le cadre d'une recherche doctorale. Nos données montrent trois types de trajectoires de sortie de l'addiction : sans passer par un traitement de substitution par méthadone, marquées par un changement de statut social et amorçant ou parallèles à une re-socialisation. Les trajectoires s'inscrivent généralement dans un projet thérapeutique au long cours et s'étendent souvent sur plusieurs années, ce qui implique que les femmes utilisent plusieurs modes de sevrage, rechutent et recommencent à consommer. Les parcours sont complexes et empreints d'incertitudes. Les trajectoires identifiées montrent comment s'entrecroisent le traitement des addictions et la socialisation pour les femmes sénégalaises autour des années 2020.