Résumé
[Articles publiés progressivement par la revue] Dans le cadre de l'approche des comparaisons internationales, ce dossier spécial de la revue Cahiers Agricultures vise à analyser les évolutions des curriculums des formations agricoles à travers le monde, tant dans les pays du Nord que du Sud, dans le contexte de montée en puissance des politiques de « transition agroécologique ». Il s'agit de comprendre les enjeux de l’élaboration des programmes des formations en agroécologie en fonction des définitions de l’agroécologie selon les contextes nationaux ou locaux, leur adoption et appropriation par les personnels de formation et leur réception par les publics concernés. Face à la prise de conscience croissante des enjeux environnementaux liés à l’agriculture, les politiques publiques réorientent les formations agricoles vers l’adaptation aux changements climatiques, la réduction d’usages des pesticides à travers l’intégration de nouveaux savoirs agronomiques en cours d’élaboration. Le premier axe propose d’interroger la manière dont les programmes d’enseignement (ou référentiels de formation) sont conçus pour répondre aux enjeux de la « transition agroécologique » (Métral, et all, 2016). Il s’agit d’analyser la traduction curriculaire des différentes conceptions de l’agroécologie. En effet, les définitions multiples de l’agroécologie (scientifique, politique, sociale, etc.), sa traduction en principes (HLPE 2019, FAO 2020, Wezel et al. 2020) se reflètent dans les contenus de formation, ce qui peut être source de tensions ou permettre au contraire d’intégrer une diversité de points de vue, de référentiels. Il s’agit aussi d’interroger les mécanismes qui permettent de sourcer plus rapidement les enseignements agronomiques sur les conditions d’activation d’innovations agroécologiques que documentent différents acteurs (recherche agronomique, organisations professionnelles, société civile). Le deuxième axe invite à examiner la manière dont les personnels de formation — enseignants, formateurs, conseillers, maîtres de stage — s’approprient et traduisent dans leurs pratiques pédagogiques ou professionnelles les référentiels et les orientations curriculaires liés à l’agroécologie (Gaborieau, Peltier, 2024). L’enjeu est de comprendre comment ces acteurs, situés à l’interface entre prescriptions institutionnelles et réalités locales, participent à la mise en œuvre effective des transformations attendues. Le troisième axe s’intéresse à la manière dont les publics en formation — élèves, étudiants, agriculteurs en reconversion, adultes en formation continue — reçoivent, interprètent et s’approprient (ou non) les savoirs agroécologiques transmis. L’objectif est d’analyser comment ces nouveaux contenus, porteurs de transformations profondes des pratiques agricoles, résonnent avec les trajectoires sociales (Sahuc, 2017), les représentations professionnelles et les projets de vie des apprenants.