Abstract
Les essors et les déclins des empires et des civilisations sont souvent corrélés aux évènements climatiques et aux effets qui en découlent en termes d’extrême pauvreté, de famine et de migrations vers de nouvelles terres d’accueil. En témoigne la période de la chute de l’empire romain au IIIe siècle marquée par des sécheresses prolongées1, ou encore les migrations des premiers hommes avec la détérioration du climat comme l’expansion bantoue au Sahel depuis plus de cinq millénaires.La conjonction contemporaine du réchauffement climatique et de la croissance démographique, très forte dans certains pays et continents tels que l’Afrique, engendre la raréfaction des terres d’accueils, notamment les terres arables, l’augmentation de la pression sur les terres déjà mises en valeur. Les zones arides, semi-arides et sub-humides sèches, sont particulièrement affectées étant donné leurs contraintes intrinsèques biophysiques ; leurs terres (sol, eau, végétation) se dégradent plus vite que les nouveaux équilibres et régulations sociétés-milieux sont trouvés.Dans ce contexte, les sécheresses qui ont sévi en Afrique durant les années 70 ont été terrifiantes et les images de leurs impacts sont encore gravées dans la mémoire collective de l’homo sapiens (de l’humanité). Elles ont été déterminantes dans l’organisation de la Conférence des Nations Unies sur la désertification à Nairobi en 1977. Au-delà de cette première inscription dans les agendas internationaux, depuis le Sommet de la Terre de Rio en 1992, la société pose clairement la question de la compréhension et de l’évaluation de la désertification, i.e. la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines.Elle a besoin de réponses pour se donner les moyens de lutter contre la désertification et ses effets négatifs sur la sécurité alimentaire, la pauvreté, le climat et la biodiversité ; sinon son projet de vie risque d’être mis à mal. La question est posée dans toutes les régions sèches du monde, mais elle est discutée par sous-région. La sous-région Afrique (annexe I de la CNULCD3) et tout particulièrement la zone sahélo- saharienne sont reconnues à caractère prioritaire. Avec la menace du réchauffement climatique en marche, le caractère global et la dimension sociétale de la désertification sont de plus en plus reconnus ; parmi les 17 Objectifs de développement durable(ODD) adoptés par la Communauté internationale en 2015, 15 définissent des cibles liées à la gestion durable des ressources terrestres et l’objectif 15 « Vie terrestre » pointe tout particulièrement la neutralité en matière de dégradation des terres (cible 15.3) comme un résultat à atteindre en 2030 pour éviter la dégradation et amplifier massivement la réhabilitation des terres et des sols dégradés.À la veille de la 13e Conférence des Parties à Ordos en Chine en septembre 2017, ce numéro fait le point sur la dimension globale et systémique du processus de désertification, comme des mécanismes de lutte, au regard des enjeux de viabilité de notre Système Terre. Il montre la mobilisation plurielle et croissante des acteurs de lutte (politiques, scientifiques, organisations de la société civile).[cf. Partie 1]En mobilisant des scientifiques de diverses disciplines (écologie végétale, écologie du sol, écologie de la santé, pédologie, géographie, économie, sociologie, pastoralisme, agronomie, foresterie, zootechnie, climatologie, droit de l’environnement, politologie, hydrologie, biochimie, microbiologie, physico-chimie de l’atmosphère, développement rural, télédétection, physique, sciences et techniques de l’information), il montre la diversité des points de vue sur les causes, mécanismes et conséquences de la désertification, l’infini emboitement d’échelles et de systèmes qui peut expliquer la difficulté d’appréhender le tout, de converger vers une même hiérarchisation des priorités sociétales et environnementales pour un développement durable, voire une coviabilité entre systèmes. Certains, issus des sciences de la terre, de la vie et de l’univers seront plutôt pessimistes ; d’autres des scienceshumaines et sociales plus optimistes sur les capacités de l’homme à réguler, à s’adapter. Ainsi, ce numéro spécial pointe les connaissances scientifiques acquises et permet de dégager les fronts de sciences pour demain, notamment aux interfaces Sociétés-Milieux et Recherche-Action-Suivi [cf. Partie 2] qui permettront d’interconnecter la lutte contre la dégradation des terres à la restauration de larésilience et l’adaptation des populations, de leur identité et de leur confiance dans le futur.Enfin, en troisième partie, nous tenions à montrer la diversité et l’intensité des efforts réalisés par l’homme en matière de LCD, son infinie imagination, capacité (individuelle et/ou collective) à valoriser des savoirs ancestraux comme à innover (en matière de techniques agro-environnementales,de gouvernance, …).