Abstract
Dans L’Œil vivant, auquel est empruntée la formule du titre (p. 163),Jean Starobinski écrit : « Tout porte à croire que l’approche du réel, chezRousseau, n’est que la pointe avancée d’une poursuite imaginaire » etparle de « la lumière matinale de l’attente heureuse, de l’élan expansif »(p. 161). Dans la lettre LIII, Julie n’est que l’un des doubles de soncréateur : toute à « l’euphorie primitive de l’élan vers un bientôtaccueillant, la libre ouverture au possible, que ne vient pas troubler lesouci d’une conformité aux lois mesquines de l’ici-bas », elle se faitrebelle à la loi du père comme aux mœurs et impératifs de la sociétébien-pensante. Un contretemps a déjoué l’espoir qu’avaient caressé lesamants de s’entrevoir à Clarens, lors de la noce de la servante Fanchon,la frustration n’a fait qu’exacerber leurs sentiments, dynamiquesentimentale et dynamique événementielle se nourrissant l’une l’autre. Ànouvelle situation, nouveaux projets, dans un « effet de direct [qui]efface toute différence entre le discours narratif et l’univers représenté »(ibid., p. 89). Quant à la notion d’« obstacle », dont Jean Starobinski amagistralement démontré dans La transparence et l’obstacle le caractèreobsédant chez Rousseau, elle est le « nœud » du passage, suscitantcomme « péripétie » les mesures de contournement de l’interdit queprend une Julie stratège pour faire advenir la rencontre secrète avecSaint-Preux.