Résumé
Les gardes de nuit exposent les internes à des prises de décisions médicales lors de réveils nocturnes. L’inertie du sommeil est physiologiquement majorée en cas de privation de sommeil, de réveil en sommeil lent profond, au creux circadien, et chez les sujets jeunes, soit typiquement les conditions des éveils en garde. Cette étude visait à estimer la prévalence des épisodes confusionnels (EC) en garde, à décrire leurs conséquences et à identifier les facteurs associés.
Dans le cadre du Baromètre santé des internes de la subdivision de Lyon-2 (BASIL-2), un questionnaire en ligne a été adressé aux internes en médecine/pharmacie/odontologie entre février et mars 2025. Les questions concernaient les antécédents d’éveils incomplets avec comportement confus en garde/astreinte et leur description, les comportements de sommeil, et la présence de troubles associés (insomnie, somnolence, chronotype, inertie, parasomnies). Un calage sur marges (sexe, spécialité) a corrigé la représentativité de l’échantillon. Les analyses descriptives pondérées ont été réalisées, ainsi qu’une analyse uni- et multivariée des facteurs associés aux EC.
Sur 2092 internes sollicités, 592 ont répondu (61,3 % de femme, âge moyen 27 ans) : 20 % rapportaient avoir présenté au moins un (dont 69,7 % plusieurs) EC, majoritairement en milieu de nuit (76,3 %). La durée dépassait 2min chez 34,1 %, et 33,2 % n’en prenaient conscience que le lendemain. Les manifestations incluaient désorientation, altération de la compréhension/mémorisation, réponses incohérentes, erreurs de jugement. Dans 8,5 % des cas, ces épisodes avaient impacté la prise en charge (retard, erreur diagnostique ou de prescription). Par ailleurs, 12,7 % présentaient des parasomnies du sommeil lent profond (77,1 % éveils confusionnels, 44,2 % terreurs nocturnes, 21,5 % somnambulisme). En analyse multivariée, les EC en garde étaient associés à la dette de sommeil (OR=1,3 par heure de dette de sommeil, p=0,03) et au chronotype du matin (OR=2,2, p=0,04). Le nombre de gardes était plus élevé durant la période de survenue de l’EC que durant la période actuelle (26,5[23,9–29,1] versus 16,8[14,6–19,0]/semestre).
Les EC lors des gardes nocturnes sont fréquents chez les internes. Leurs conséquences potentielles sur la prise en charge des patients et leur lien avec la dette de sommeil soulignent la nécessité d’actions de prévention adaptées.