Résumé
Le “gallophage” Menzel est généralement perçu comme le “dénonciateur”, en 1835, d'une Jeune Allemagne présentée comme dangereusement francophile et “enjuivée”. Le personnage est plus complexe : dès avant 1830 (à partir de 1825 à la direction du supplément littéraire du Morgenblatt de Cotta et en 1828 dans sa Littérature allemande) et au début des années 30, il a la réputation d'un libéral modéré. Mais son libéralisme s'appuie sur l’héritage à la fois francophile et judéophobe des guerres de 1813-1815 et de la Burschenschaft. Le spectre d'un “danger français” (esthétique, moral, religieux et politique) qu'il agite en 1835 n'est que la traduction sur le plan intellectuel de l'instrumentalisation par les gouvernements allemands d'un “danger français” supposé, c'est-à-dire en fait d'un danger révolutionnaire en Allemagne même. Ce libéralisme-là s’oppose à un autre libéralisme (Gutzkow, Börne, Heine, avec des variantes), non-francophobe et non-judéophobe, fidèle à ses origines révolutionnaires (1789, 1830) et donc toujours plus ou moins françaises