Résumé
L'impact de la mortalité des oiseaux par collision sur les parcs éoliens a souvent été évalué au niveau individuel, mais rarement au niveau de la population. Le faucon crécerellette Falco naumanni est un rapace migrateur de faible longévité, menacé et susceptible d'entrer en collision avec des éoliennes. Nous avons évalué l'impact des collisions avec les éoliennes sur la démographie de la plus grande population de faucons crécerellettes en France. En utilisant les données du suivi local de la reproduction et des inventaires sur la mortalité sous les éoliennes, combinées aux données de baguage par capture‐recapture d'une population voisine, nous avons quantifié les paramètres vitaux de fécondité et de survie, afin de paramétrer un modèle matriciel de population pour étudier la viabilité de cette population. Le succès de reproduction était élevé et variait en synchronie avec les probabilités de survie. Entre 2013 et 2020, 43 carcasses ont été retrouvées sous les éoliennes, et en tenant compte des taux de détection et de persistance, la mortalité réelle devrait approcher 154 individus sur cette période, soit 3% de la population étudiée affectée par la collision chaque année. Le modèle matriciel a montré que la croissance démographique observée n'était possible que s'il y avait un recrutement constant de 26 individus immigrants chaque année dans la population. Sans surmortalité due aux éoliennes, nous prédisons que cette population compterait 22% de couples reproducteurs de plus que celle observée en 2020. Des simulations sur 30 ans ont montré que, sous le taux d'immigration actuel, la population devrait décliner si la surmortalité dépassait 11%. Si l'immigration cesse, la population déclinerait au‐delà de 5% de surmortalité par an. Il est urgent de surveiller et de réduire la surmortalité par collision sur les parcs éoliens qui menace cette population de faucons crécerellettes. Plus généralement, nous préconisons l'utilisation de modèles démographiques dans les études d'évaluation d'impact pour éviter de placer de nouveaux parcs éoliens à proximité d'espèces rares qui ne pourraient pas supporter une mortalité supplémentaire par collision.