Résumé
La poésie de voyage entretient des liens riches et variés avec l’écriture sur monuments, en particulier depuis le xixe siècle. La forme du vers, par sa concision et son pouvoir mnémotechnique, joue un rôle majeur dans la restitution poétique de la rencontre avec le monument. Celle-ci est pour les poètes voyageurs tant une affaire de réception que de création. À partir du romantisme, leurs œuvres ont été longtemps marquées par l’imaginaire de la parole oraculaire et le principe du monument-miroir. Mais les carnets de voyage contemporains rompent souvent avec ces motifs, en déployant une approche plus factuelle et critique des écrits monumentaux. Dans Forêt de stèles (2007-2008), Michèle Métail, puisant dans l’œuvre de Segalen et la tradition extrême-orientale une inspiration tant verbale que plastique, édifie pour sa part un poème-monument qui, sous des formes métissées et inédites, constitue une sorte de retour renouvelé aux rituels originels de la « parole dans le temple ».