Résumé
Bien que relativement rares, les consonnes implosives peuvent être observées dans de nombreuses langues africaines telles que le fulfulde, l’isiXhosa et l’isiZulu. Les recherches sur l’acquisition des implosives demeurent limitées ; toutefois, les quelques études existantes suggèrent que ces sons sont généralement acquis vers l’âge de 3 ans. Malgré ces constats, les processus développementaux sous-jacents à cette classe de sons chez l’enfant restent encore mal compris. Il est à noter que la plupart des études portent sur l’implosive bilabiale /ɓ/ et mettent l’accent sur l’acquisition catégorielle, en accordant relativement peu d’attention aux caractéristiques acoustiques impliquées dans le développement des implosives. Afin de combler cette lacune, la présente étude examine l’acquisition des implosives en shimaore, une langue bantoue parlée sur l’île française de Mayotte. Des méthodologies transversales ont été utilisées pour analyser la manière dont des enfants bilingues shimaore-français produisent /ɓ/ et /ɗ/ lors d’une tâche de répétition de non-mots. Les participants étaient 53 enfants âgés de 3 ans à 7 ans et 1 mois. Les sons ont été analysés à l’aide de paramètres acoustiques, notamment le Voice Onset Time (VOT), la fréquence fondamentale (f0), H1*–H2* et la performance du pic cepstral (Cepstral Peak Performance). Les résultats indiquent que, bien que les enfants produisent des implosives dès 3 ans, ils les substituent fréquemment par des nasales, des occlusives sourdes ou des approximantes. Néanmoins, ces substitutions diminuent avec l’âge. Les analyses acoustiques montrent qu’au fil du temps, la production des implosives par les enfants tend à se rapprocher de celle des locuteurs adultes. Ces résultats sont cohérents avec les théories phonologiques contemporaines de l’acquisition du langage, en particulier le modèle A-Map, qui met l’accent sur les contraintes liées à la fois à la précision et à l’exactitude.