Abstract
Fondée en 1815, la Société pour l’instruction élémentaire (SIE), qui réunit des philanthropes et des savants, défend un modèle libéral d’éducation des pauvres. Ce réseau de sociabilité cherche à réformer les écoles du peuple françaises en diffusant de nouvelles méthodes pédagogiques élaborées en Europe, notamment l’enseignement mutuel. Son objectif est aussi d’œuvrer à leur exportation dans différentes régions du monde afin de soutenir « la grande cause de l’éducation universelle ». Pour cela, la SIE constitue un réseau de pédagogues européens et entreprend des voyages d’observation dans des écoles étrangères. Cet article se propose d’analyser le rôle des acteurs de la SIE dans la circulation transnationale des savoirs pédagogiques dans un contexte où l’éducation des pauvres cristallise des antagonismes politiques. Il interroge également les définitions conflictuelles de la notion de civilisation qui est alors au cœur du projet d’« éducation universelle ».