Résumé
La Guinée est caractérisée par un faible taux de détention de 38 détenus pour 100 000 habitants (World prison brief, 2024) et par l’importance de la résolution extrajudiciaire des conflits. Pour autant, la prison occupe une place importante dans l’histoire de ce pays. Depuis son instauration en Guinée, elle est mobilisée par les autorités comme un outil politique qui manifeste la violence et l’arbitraire. Elle joue aussi une fonction économique par la mise au travail des détenus à l’époque coloniale et ensuite par l’extorsion de nouveaux détenus en ses murs. En outre, la prison est productrice d’une souillure qui nécessite pour le détenu libéré d’effectuer un rituel de purification. En nous appuyant sur des archives coloniales conservées aux archives nationales de Guinée et sur une ethnographie du système carcéral actuel nous discutons des continuités et ruptures dans l’usage de la prison en Guinée ainsi que dans la production de ses imaginaires. Ce faisant nous participons à l’intégration des questions carcérales du continent africain au débat global sur l’enfermement.