Résumé
La cantine scolaire est un lieu politique de socialisation, paradoxalement négligé par l’école. À travers l’histoire de la restauration scolaire en France, l’article souligne la disqualification du travail nourricier, traditionnellement féminin et populaire, chassé des écoles au profit d’un modèle industriel, scientifique et déshumanisé. Cette transformation éloigne les élèves de la matière, du vivant, et d’une relation sensible avec la nourriture et ceux et celles qui la préparent, tout en renforçant des inégalités sociales et de genre. En effet, la cantine, en tant que lieu de socialisation implicite, enseigne aux enfants des normes et classements sur le monde et le travail, tout en étant marginalisée par l’école qui sacralise le savoir académique. L’externalisation des cuisines et la dévalorisation des personnels de proximité révèlent une division sociale du travail et un déni des dimensions affectives et éducatives du repas.