Abstract
Au-delà du débat sur l’étiologie des troubles de l’identité de genre (TIG), le rôle du psychiatre dans la prise en charge des transsexuels est fondamental. En effet, quelle que soit l’origine des TIG, toutes les études montrent que le succès de la réassignation sexuelle par traitement hormonochirurgical (THC) dépend de la qualité de la démarche diagnostique et de facteurs psychiques et/ou psychopathologiques qu’il faut avoir dépistés et pris en charge. Le rôle du psychiatre dans la prise en charge des dysphorie de genre consiste à : confirmer le diagnostic de trouble de l’i dentitéd de genre ; éliminer un éventuel diagnostic différentiel des troublesdel’identitédegenre ; dépister et traiter d’éventuelles comorbidités psychiatriques ; détecter et informer le patient des facteurs prédictifs positifs et négatifs le concernant et discuter des bénéfices/risques d’une conversion chirurgicale ; repérer les attentes irréalistes pour éviter des frustrations et des déceptions inadaptées qui vont retentir sur l’équipe chirurgicale. Les objectifs dupsychiatre vis-a-vis des patients : prévenir d’éventuelles complications psychosociales du traitement hormonochirurgical et optimiser les chances d’une transformation réussie, en termes de satisfaction globale du patient et d’adaptation psychosociale au nouveau genre. Des études réalisées sur le devenir des transsexuels opérés montrent que 2 % d’entre eux présentent des regrets définitifs quant à la transformation, 10 % expriment des regrets transitoires. Les taux de dépressions sévères et de décès par suicide sont significativement supérieurs à ceux de la population générale. L’évaluation psychiatrique permet de dépister les patients vulnérables et à leur proposer une prise en charge adaptée et personnalisée avant tout recours chirurgical. Les objectifs du psychiatre vis-à-vis de l ’équipe de genre : des facteurs psychologiques prédictifs d’une évolution péjorative des troubles après conversion sexuelle ont été mis en évidence par des travaux rétro- et prospectifs. Pour chaque patient, ces éléments pronostiques doivent être discutés en équipe afin que la décision de traitement hormonochirurgical (THC) soit l’objet d’une information éclairée tant du patient que de l’équipe soignante et particulièrement du chirurgien qui peut être confronté à des regrets ou des revendications résultant d’une évaluation globale insuffisante. Même si ces facteurs de vulnérabilité ne constituent pas en eux-mêmes des contre-indications à la conversion sexuelle, ils doivent inciter à la prudence et permettre au chirurgien d’évaluer les répercussions de son geste.