Résumé
La transition énergétique rapide vers des énergies renouvelables telles que l'éolien peut avoir des conséquences négatives sur la biodiversité. L'avifaune, notamment, est victime de collisions avec les éoliennes. Pour mieux prévenir ces collisions, il est nécessaire d'en comprendre les causes. Elles sont le résultat d'une combinaison de facteurs environnementaux qui augmentent la sensibilité (présence des oiseaux dans la zone à risque) et/ou l'exposition (fréquence à laquelle les oiseaux volent dans la zone à risque) des oiseaux au risque de collision. Jusqu'à présent, les facteurs de risque ont été étudiés indépendamment les uns des autres, chez quelques espèces d'intérêt et/ou à petite échelle spatio‐temporelle, malgré la nature multifactorielle du risque de collision. Dans cette étude, nous avons exploré la possibilité d'utiliser les données issues des systèmes de détection automatique de l'avifaune qui équipent les éoliennes (systèmes optiques qui détectent et suivent automatiquement les oiseaux volant à proximité) pour mieux comprendre le risque de collision avec les éoliennes. Nous avons examiné l'effet de 12 facteurs environnementaux et comportementaux sur la sensibilité et l'exposition des oiseaux au risque de collision. Nous avons analysé 205 867 trajectoires d'oiseaux provenant de 11 centrales éoliennes en France, enregistrées entre 2018 et 2023. Nos résultats suggèrent une sensibilité plus élevée pendant les périodes de forte activité (aube, migrations pré et postnuptiales), en cohérence avec de précédentes études s'appuyant sur d'autres méthodes (télémétrie, observations directes). La sensibilité et l'exposition semblent également plus élevées dans des conditions réduisant ou altérant la perception visuelle des éoliennes par les oiseaux (forte nébulosité, faible visibilité, très faibles vitesses de rotation du rotor) et dans des conditions pouvant influencer la hauteur de vol des oiseaux (températures et vitesses du vent élevées). Les pics de sensibilité et d'exposition ne coïncident pas complètement, soulignant l'importance de considérer ces deux aspects dans l'étude du risque de collision. Toutefois, nos résultats montrent une grande variabilité entre les espèces, les comportements de vol, et les sites, qui doit être examinée afin de clarifier la relation entre le risque de collision, la perception visuelle des éoliennes par les oiseaux, et le comportement des oiseaux. Les systèmes de détection automatique de l'avifaune sont non invasifs, collectent de grandes quantités d'informations en continu et nécessitent peu de ressources humaines et logistiques. Ils représentent une alternative prometteuse aux méthodes traditionnelles de comptage et de suivi pour étudier le comportement des oiseaux dans les centrales éoliennes et identifier les facteurs de risques. Ces connaissances permettraient d'améliorer les mesures de réduction de la mortalité aviaire et ainsi mieux concilier la protection de l'avifaune et la productivité des centrales éoliennes.