Résumé
Cet article examine comment la presse française de l'entre-deux-guerres a contribué à construire et à naturaliser une norme féminine contraignante. À partir d’une analyse textométrique de 17 articles de presse couvrant l’affaire de l’empoisonnement d’Antoinette Sierri (1925-1926) – complétée par la couverture de l’affaire Violette Nozières (1933) –, nous montrons comment les discours médiatiques ne se contentent pas de représenter les criminelles, mais les produisent activement en tant que déviantes par rapport à une norme de genre implicite. À l’aide d’outils d’analyse du discours (Maingueneau, 1987, 2004 ; Amossy, 2000 ; Rabatel, 2008), nous appliquons un protocole de codage structuré à quatre catégories analytiques (champs lexicaux, modalisations, topoï, structures argumentatives) et identifions les mécanismes discursifs par lesquels la « femme monstrueuse » est construite, légitimée et intériorisée. Le contre-discours littéraire – de Thérèse Desqueyroux de Mauriac à la réception surréaliste de Nozières – est examiné comme un lieu de résistance à ces mécanismes