Résumé
Dans cet article, la relation entre les syndicats chinois et les livreurs de repas qui résistent à l’exploitation du capitalisme de plateforme est examinée. Pour ce faire, nous nous basons sur les matériaux obtenus lors de l’enquête de terrain in situ dans trois villes chinoises tout en utilisant les données collectées par l’ethnographie en ligne comme méthode complémentaire.Nous analyserons d’abord l’impact du caractère officiel de la structure de la Fédération nationale des syndicats de Chine (FNSC) sur sa compatibilité avec les livreurs. Contrainte par les politiques et le régime chinois, la FNSC est absente des actions collectives de ce nouveau groupe de travailleurs. Ensuite, nous montrons que, en raison de cette absence, la résistance des livreurs s’est appuyée principalement sur le mode de l’auto-organisation. Bien qu’évitant le rôle d’encadrement des mobilisations, les syndicats chinois ont réagi à l’émergence du groupe des livreurs et à la croissance de leurs protestations. De nouvelles modalités d’organisation des syndicats de livreurs ont émergé ces dernières années en Chine. Alors que ces syndicats intervenaient initialement comme prestataires de services, se concentrant sur le bien-être des travailleurs, leurs actions s’orientent désormais vers la promotion de la négociation collective.Nous mettons en évidence que la relation juridique ambiguë entre les plateformes et les travailleurs, l’externalisation multiple des plateformes chinoises et la dispersion géographique de leurs entreprises sous-traitantes ont remis en question la modalité traditionnelle d’organisation syndicale en Chine. En réponse à cela, la FNSC a créé des syndicats à différents niveaux pour les livreurs, en rupture avec le système établi, en abandonnant les « syndicats de papier » contrôlés par l’employeur et en acquérant potentiellement un pouvoir de négociation.