Résumé
La température est l'un des facteurs les mieux connus et les plus étudiés qui contraignent le vivant le long des gradients altitudinaux. Les ectothermes tels que les insectes sont sensibles à la température à tous les stades de leur vie, ce qui se traduit par un large éventail d'adaptations dans les populations et les espèces vivant à différentes altitudes. Chez les papillons, le stade de l'œuf est particulièrement sensible aux variations de température, car les œufs ne peuvent pas se déplacer ni adopter un comportement limitant la surchauffe. En utilisant un thermocycleur à gradient pour contrôler finement une gamme de température d'exposition, nous avons testé les différences de tolérance à la chaleur des œufs entre cinq espèces étroitement apparentées de Coenonympha (Nymphalidae : Satyrinae) vivant à des altitudes différentes. Nous avons trouvé de fortes différences de tolérance thermique des œufs entre les espèces de plaine ( C . arcania (Linnaeus) et C . pamphilus (Linnaeus)) et deux espèces alpines de haute altitude ( C. gardetta (Prunner) et C. cephalidarwiniana Verity). De manière surprenante, la troisième espèce alpine ( C. darwiniana Staudinger) a montré une gamme de tolérance plus proche de celle des espèces de plaine que de celle des espèces alpines. La sensibilité des œufs à la surchauffe correspond aux régimes de température enregistrés dans les microhabitats utilisés pour la ponte et peut expliquer la sélection des sites de ponte par les femelles observées dans la nature. La plus faible tolérance des œufs à la chaleur de certaines espèces alpines peut expliquer en partie la position de leur limite inférieure d'altitude, mais soulève également des inquiétudes quant au sort de ces espèces face aux changements climatiques. Nos résultats soulignent l'importance d'étudier tous les stades de vie, ainsi que les préférences de ponte, pour comprendre la distribution des espèces et leur persistence.