Abstract
Lors d’une balade en forêt, le regard s’attarde volontiers sur une fleur sauvage, une fougère élancée, l’éclair roux d’un écureuil, l’aile furtive d’un oiseau, la couleur vive d’un champignon, la parure dorée d’un arbre, un éclat de soleil sur un tapis de mousse ou même sur un scarabée traversant lentement le chemin. Mais il est rare que notre œil se pose sur une composante pourtant essentielle de cet écosystème : le sol lui-même. Pourtant, qu’ils hébergent un bois, un champ ou une prairie, qu’ils soient en plaine ou en montagne, les sols sont au cœur du fonctionnement des écosystèmes terrestres, car c’est en leur sein que les tissus morts des organismes vivants – et donc la matière organique qui les constitue – sont recyclés en éléments nutritifs que les plantes absorbent.Leurs rôles sont multiples. Bien sûr, ils sont le support de l’agriculture. Leur santé constitue même la clé du développement des pratiques relevant de l’agroécologie : sans sol vivant et contenant suffisamment de matière organique, pas d’agroécologie, car c’est grâce au recyclage de cette matière organique que l’on diminue le recours aux engrais de synthèse. Les sols jouent aussi un rôle prépondérant dans le cycle de l’eau, assurant notre apport en eau potable. Enfin, leur capacité à stocker de la matière organique, riche en carbone, en fait des acteurs essentiels de la régulation du climat : selon les dernières estimations, ils stockent plus de carbone que les plantes et l’atmosphère additionnés !Or les pratiques humaines, et notamment les changements de l’utilisation des terres, ont engendré une fuite massive de matière organique du sol, retournée dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone (CO2). Par exemple, lors de la conversion d’une forêt en espace agricole, plus d’un quart du carbone contenu dans les 30 premiers centimètres du sol est perdu. Ces pertes, qui viennent s’ajouter notamment au CO2 issu de la combustion des énergies fossiles, contribuent à accélérer l’augmentation des teneurs en CO2 atmosphérique, et donc l’intensité du changement climatique.