Résumé
Les individus font face a` un compromis entre acquérir des ressources de qualité et éviter leurs prédateurs. De nombreuses populations de grands herbivores évoluent dans des environnements où leurs prédateurs naturels sont maintenant absents. Dans ces conditions, les comportements anti-prédateurs des individus devraient être amoindris, voire supprimés. Nous avons testé cette hypothèse en analysant les patrons journaliers et saisonniers de sélection des habitats et d’activité de cerfs Sitka a` queue-noire (Odocoileus hemionus sitkensis Merriam, 1898) vivant sur des îles exemptes de tout risque de prédation en Colombie Britannique (Canada). A la différence de ce qui est communément observé dans des populations soumises au risque de prédation, le contraste jour-nuit dans la sélection des habitats est peu marqué. L’activité est plus importante de jour que de nuit, comme attendu pour des populations non-chassées. De plus, la sélection des ressources est principalement influencée par les variations saisonnières et spatiales de leur disponibilité. Ces résultats sont cohérents avec une atténuation des comportements anti-prédateurs attendue dans des environnements exempts de risque de prédation. Cependant, des pics d’activité crépusculaires marqués persistent, qui sont pourtant communément interprétés comme des réponses anti-prédatrices. Notre étude montre donc qu’en l’absence de risque de prédation, certains comportements anti-prédateurs peuvent être ajustés, alors que d’autres sont maintenus.