Résumé
Au cours des vingt dernières années, les exploitations capitalistes se sont développées au Maroc. Ce développement s'est accompagné par un essor du salariat agricole et une féminisation importante de la main d'oeuvre. Dans les exploitations capitalistes, l'organisation du travail et les rapports entre les acteurs sont différents de ceux des autres types d'exploitations agricoles familiales. Cet article analyse les différentes formes d'emploi féminin au sein de deux exploitations capitalistes du Saiss et les stratégies déployées par les ouvrières agricoles pour subsister et se créer des marges de manoeuvre au niveau de l'organisation du travail au sein de ces exploitations. Nous avons conduit 35 entretiens avec des ouvrières agricoles, des gérants d'exploitations et des contremaitres. Nos enquêtes ont montré que le travail au sein des exploitations capitalistes est très hiérarchisé, en termes de canaux de communication et de coordination. De plus, une catégorisation des ouvrières apparait entre ouvrières permanentes, saisonnières renouvelées et saisonnières non renouvelées. Chaque catégorie a des conditions de travail, des motivations et des stratégies différentes. Cette hiérarchisation de l'emploi agricole au sein des exploitations capitalistes maintient l'aspiration des ouvrières à une amélioration des conditions de travail, en termes de stabilité et de régularité de l'emploi. Cependant, elle accroit la compétition, le contrôle et les conflits entre les ouvrières sans leur permettre réellement de sortir de la précarité.