Résumé
Depuis les années 2000, les politiques de prévention des inondations et de gestion des cours d’eau privilégient le recours à des solutions fondées sur la nature plutôt qu’à des ouvrages d’hydraulique lourde. Des projets de restauration de zones d’expansion des crues (ZEC) se multiplient afin de redonner de l’espace aux cours d’eau et à leurs débordements au sein des lits majeurs. Pourtant, ces projets de ZEC représentent des opérations d’aménagement qui se déploient au sein de territoires occupés, appropriés, utilisés, parfois bâtis, supports de projets divers et traversés d’intérêts contradictoires. L’article interroge ainsi la territorialisation – entendue comme le processus complexe de mise en œuvre et d’appropriation à l’échelle des territoires locaux – des ZEC. Pour cela, plusieurs démarches visant à restaurer des ZEC dans divers contextes territoriaux – urbains et agricoles – en France métropolitaine sont analysées. Ces études de cas mettent en évidence que l’appropriation des ZEC par les acteurs locaux implique de parvenir à faire des projets de ZEC de véritables projets de territoires. Dans les zones urbaines, cela a été rendu possible grâce à des démarches architecturales et paysagères. Ces démarches ont participé à convaincre les acteurs locaux, élus et habitants, que les ZEC peuvent être un atout multifonctionnel pour leur territoire. Dans les territoires agricoles, les contextes peuvent agir comme des freins à l’adaptation des pratiques des exploitants. Même si elles sont ancrées, les caractéristiques de ces territoires peuvent être réinterrogées afin de concilier activité agricole et inondation dans les ZEC.