Résumé
Contrairement à celle de pieds-noirs, catégorie dont les usages varient, jusqu’en 1962, en fonction de la situation politique algérienne, l’expression de « rapatriés » est une catégorie administrative élaborée pour traiter l’arrivée des pieds-noirs en France suite à l’indépendance de l’Algérie. Toutefois, les deux expressions sont, en France, largement considérées comme synonymes. De la sorte, les pieds-noirs, suite au mauvais accueil dont ils sont victimes en 1962, rejettent assez unanimement la classification métropolitaine de « rapatriés », en dépit de la diversité des réceptions de l’histoire algérienne qui séparent des individus très différenciés ; de plus, la multiplication des pratiques de retour sur une « terre des morts » indique qu’ils identifient l’Algérie à leur patrie, et, partant, se pensent non comme des rapatriés mais bien comme des expatriés. Toutefois, le rejet de la notion de rapatriement ne s’oppose pas au réemploi d’une classification qui leur fut assignée de l’extérieur : une classification qui assure la visibilité du groupe que des porte-parole autoproclament, pour revendiquer en son nom, via le contrôle d’un tissus associatif dense. Ainsi, la rémanence de la notion de rapatrié est le produit d’interactions métropolitaines ; interactions entre une classification, à l’origine administrative, dénoncée par les individus ainsi désignés, lesquels peuvent choisir de se la réapproprier parce qu’elle fait partie d’un répertoire de choix identitaire.
Savarese Éric. Qu’est-ce qu’un rapatrié ? À propos des pieds-noirs rapatriés d’Algérie, de 1962 à nos jours. In: Culture et modes de sociabilité méridionaux. Actes du 126e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, « Terres et hommes du Sud », Toulouse, 2001. Paris : Editions du CTHS, 2007. pp. 204-216. (Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques, 126-12)