Abstract
Cet article rend compte d’une expérimentation doctorale au cours de laquelle j’ai demandé aux élèves de 3 classes de 3ème d’un établissement très défavorisé du sud de la France de se constituer une anthologie de 2 extraits chacun·e parmi la vingtaine étudiée en cours, issues d’un corpus volontairement construit de manière diversifiée. Comment et selon quels critères ces élèves sélectionnent-iels les extraits ? L'analyse montre que l'hypothèse de l'accessibilité des oeuvres ne permet pas, à elle seule, d'expliquer les choix des élèves. Les élèves ont choisi avant tout des extraits dans lesquels iels se reconnaissent, y compris quand ceux-ci étaient réputés difficiles ou lointains. Ainsi, les élèves les plus éloigné·es de la culture scolaire peuvent tout à fait choisir massivement un texte difficile et lointain plutôt qu’un extrait de littérature jeunesse ou une planche de bande dessinée s’iels s’y retrouvent, à condition d’avoir été accompagné·es dans cette lecture. Cela ne signifie pas pour autant qu’iels déploient tou·tes la même lecture de ces extraits : les préoccupations qui ont présidé à leurs choix sont différenciées, et susceptibles d’engager des lectures plus ou moins pertinentes par rapport aux attentes de l’école.