Résumé
1. La circulation d’agents infectieux dans les populations sauvages peut être fortement contrainte par la structuration spatiale de leurs communautés d’hôtes. Cependant, de par leurs comportements alimentaires, certains prédateurs et/ou charognards peuvent connecter des(sous-)populations spatialement éloignées. Identifier les individus ou populations susceptibles de jouer un rôle prépondérant dans la dissémination d’agents infectieux pathogènes est un élément clé pour la compréhension, et éventuellement le contrôle, des dynamiquesépidémiologiques dans les populations sauvages.2. Dans ce contexte, nous avons suivi les déplacements et statuts épidémiologiques de labbes subantarctiques (Stercorarius antarcticus), uniques prédateurs et charognards terrestres aviaires natifs de l’île Amsterdam (Océan Indien), afin d’évaluer leur implication dans la dissémination de Pasteurella multocida, la bactérie responsable d’épizooties récurrentes de choléra aviaire affectant les albatros et gorfous de l’île.3. Les fortes proportions d’individus positifs à P. multocida par sérologie et PCR indiquent que les labbes sont très exposés à la bactérie et susceptibles de la transmettre. Par ailleurs le suivi des déplacements d’individus reproducteurs a révélé que les zones de recherche alimentaire individuelles des labbes se superposent et s’étendent tout le long de la partie de côte occupée par les albatros et les gorfous. Au contraire, le plateau central où se reproduit l’albatros d’Amsterdan (Diomedea amsterdamensis), espèce endémique de l’île, ne semble pas visité par les labbes en reproduction.4. Compte tenu des données épidémiologiques et écologiques présentées les labbes sont susceptibles de contribuer à dissémination d’agents infectieux au sein et entre des colonies d’oiseaux marins menacés d’extinction.5. Synthèse et applications. Cette étude met en évidence l’importance de prendre en considération le comportement et le statut épidémiologique des prédateurs et charognards lors de la mise en place de programmes de contrôle de dynamiques épidémiologiques. En effet, le comportement alimentaire de telles espèces peut limiter l’efficacité des mesures locales malgré l’apparente structuration spatiale des populations affectée. Prédateurs et charognards peuvent ainsi représenter des cibles prioritaires pour les programmes de vaccination visant à limiter la dissémination d’agents infectieux pathogènes mais également être utilisés comme sentinelles pour en suivre la circulation et évaluer l’efficacité des programmes de contrôle.