Résumé
Ce texte revient sur le contexte, les attentes et les modalités spécifiques de création et de fonctionnement du Groupe d'experts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition (connu sous son acronyme anglais de HLPE-FSN) du Comité des Nations Unies pour la sécurité alimentaire mondiale. Il s'intéresse à ce que génère et produit un tel panel mondial d'expertise, alors que les rapports et les conférences des conventions internationales sont souvent affublés de qualificatifs peu avantageux pour rendre compte d'une inefficience et d'un coût élevé. Ainsi, à défaut de faire la décision, ces rapports marquent de leur empreinte l'agenda politique, comme le montrent les exemples de l'agroécologie et des relations entre climat et agriculture. En identifiant les obstacles qui bloquent les transformations et en analysant les raisons des désaccords, ils rendent les controverses fécondes et, plutôt que de succomber à une polarisation excessive, ouvrent la voie à l'exploration de convergences et d'accords. Comme pour les régimes fonciers et les systèmes alimentaires, ces rapports contribuent enfin à l'élaboration et à l'approbation de directives volontaires dont s'emparent de nombreux acteurs pour conduire leurs actions. Ainsi, les travaux de ces groupes d'expertise mettent en exergue de nouveaux modes d'articulation entre les sphères politiques et scientifiques. Ils invitent à dépasser la notion de transfert de connaissances et à repenser le rôle des scientifiques dans de telles interfaces. L'analyse comparative des modalités de travail de chaque groupe d'experts en lien avec son ancrage politique et les missions qui lui sont assignées est instructive et féconde. Elle permet, au-delà des perceptions d'inaction, de comprendre ce qui s'y joue, de participer à l'essaimage des idées, de faire la pensée et de contourner les obstacles et les impasses.