Résumé
Le mogamulizumab (moga) est un anticorps monoclonal dirigé contre CCR4, indiqué dans les lymphomes T cutanés. Des effets indésirables auto-immuns (EIAI) ont été décrits sous moga et nous rapportons les premiers cas de pelade.
Série rétrospective multicentrique des cas de pelades survenus sous moga entre 01/2015 et 01/2021, recueillis par les 31 CH membres du Groupe Français d’Etude des Lymphomes Cutanés.
Sur 157 patients traités par moga (47 dans l’essai de phase III et 110 en « vraie vie »), 4 ont développé une pelade (3 PDT et 1 ophiasique). Il s’agissait de 3 femmes et 1 homme d’âge médian 59 ans(35-81), tous traités pour un syndrome de Sézary (SS) stade IVA1 à l’initiation du moga. Ils n’avaient pas d’antécédent d’auto-immunité et ne présentaient aucun autre EIAI. Le délai médian de survenue de la pelade après l’initiation du moga était de 12mois (6-16). Lors de la survenue de la pelade, 2 étaient en réponse complète (RC) de la maladie, 2 en bonne réponse partielle (RP). Une biopsie cutanée a été réalisée chez 2 patients, objectivant un infiltrat lymphocytaire péri-pilaire constitué de LT CD8 sans argument pour une localisation spécifique. Avec un recul médian de 49mois (18-76) depuis l’initiation du moga, la pelade était stable chez 2 patients, avec un SS toujours en RP ou RC. Chez 1 patiente, l’interruption du moga en raison de la pandémie a été suivie d’une repousse des cheveux 8 mois plus tard mais avec rechute du SS. La reprise du moga a permis une RC du SS avec stabilisation de la pelade sous une forme ophiasique. Enfin, le SS récidivait à 18 mois chez une patiente imposant l’arrêt du moga, interruption suivie d’une repousse complète (patiente en RP après une allogreffe de moelle osseuse).
CCR4 est exprimé par les lymphocytes tumoraux dans le SS, et par les Treg à l’état physiologique. La déplétion des Treg par le moga induit une levée d’inhibition des lymphocytes T cytotoxiques, à l’origine des EIAI. Chez les patients atteints de PDT, le taux de Treg circulants et autour des follicules pileux est significativement bas en comparaison aux sujets sains, comme c’était en effet le cas dans le sang périphérique des patients 1 et 2 (donnée non disponible pour les autres). La fréquence des EIAI sous moga n’est pas connue avec exactitude. À notre connaissance un seul cas de pelade, en plaques, a été rapporté chez une patiente qui avait présenté simultanément 3 autres EIAI (hépatite, thyroïdite, vitiligo). L’impact pronostique de la survenue d’un EIAI sous moga n’est pas connu, bien que des cas de RC prolongée soient rapportés chez des patients atteints de SS ayant présenté un EIAI. La pelade peut survenir de manière isolée chez les patients sous moga. Elle semble être associée à une bonne efficacité du traitement, et son évolution pourrait être corrélée à celle de la maladie; toutefois sa valeur prédictive au long terme reste à préciser.