Résumé
À partir du début des années 2000, l’extrême droite francophone connaît une reconfiguration transnationale portée par les usages politiques du numérique. Des groupes et plateformes issus de sphères ayant une histoire au long cours utilisent désormais Internet pour diffuser une contre-culture politique et tisser des liens au-delà des frontières nationales. Cette dynamique favorise une hybridation idéologique entre identitaires, néofascistes, nationalistes blancs ou eurasistes. Si certains mouvements cherchent à dépasser l’ancrage numérique en structurant des réseaux militants et des publications imprimées, ils restent souvent cantonnés à une logique groupusculaire. Les tentatives de convergence transatlantique — entre Europe francophone et Amérique du Nord — s’inscrivent dans un écosystème fragmenté, où la circulation d’idées, de figures et de formats militants renforce des identités politiques marginales sans déboucher sur une véritable hégémonie culturelle. Loin de produire un front unifié, ces interactions illustrent la plasticité idéologique des extrêmes droites contemporaines et leur capacité à combiner localisme identitaire et solidarités transnationales dans un espace numérique structurant. Mais cette scène témoigne également de leur tendance à réduire leur idéologie à la question de l’ethnicité.