Résumé
Les forêts françaises font l’objet d’injonctions contradictoires : être plus productives et plus rentables tout en restant des puits de carbone et des refuges pour leur biodiversité spécifique. Dès lors, scientifiques, acteurs de la filière forêt-bois industrielle, représentants politiques et membres de la société civile cherchent des alternatives viables à l’exploitation actuelle des forêts françaises. Parmi les solutions évoquées, les « alternatives sylvicoles » font figure de socle technique consensuel à même de concurrencer l’exploitation conventionnelle de la forêt, tandis que les « alternatives forestières » jouent un rôle critique et ajoutent à une exigence de transformation des pratiques sylvicoles, une attention à la division du travail en forêt ainsi qu’à une redistribution du foncier. Notre article propose une analyse de la constitution d’un « espace alternatif forestier » à l’échelle d’une région, le Massif central, où il est commun d’affirmer l’absence de toute « culture forestière ». Pourtant, l’espace alternatif forestier, qui englobe les pratiques et les groupes d’individus qui se les approprient collectivement, participe à l’émergence d’une culture forestière alternative inédite, qui s’inscrit dans une forme d’intendance socio-écologique des territoires.