Résumé
Résumé Avec la chute de la mortalité des adultes, la distribution des âges au décès s’est déplacée vers des âges plus élevés. Ce faisant, les âges au décès se sont compressés autour de la valeur modale illustrant le scénario de la compression de la mortalité qui avait été proposé par James Fries en 1980. Toutefois, cette homogénéisation des durées de vie adultes n’a pas pu empêcher l’explosion des effectifs des personnes très âgées, nonagénaires ou centenaires, à laquelle nous avons assisté au cours des dernières décennies. Nous étudions les raisons de ce phénomène et nous illustrons nos résultats avec des données historiques de pays européens (Angleterre et Pays de Galles, France, Italie, Suède et Suisse), des États-Unis d’Amérique et du Japon. Les résultats les plus récents, en particulier pour le Japon, nous obligent à revoir le scénario de compression de la mortalité. Il nous semble que l’homogénéisation des durées de vie adultes, moteur de la compression de la mortalité, puisse rencontrer aujourd’hui – au-delà des inégalités sociales résiduelles – des limites inhérentes à toutes quantités biométriques. Un tel scénario, en entraînant dans le futur un déplacement de l’ensemble des durées de vie adultes vers des âges plus élevés sans réduire leur dispersion, démultiplierait l’augmentation du nombre des personnes très âgées comme celui des centenaires mais aussi des personnes âgées de 105 ans ou de 110 ans. L’allongement de la durée de vie en bonne santé peut-elle suivre un tel rythme d’augmentation ? Le peu d’études disponibles à l’étranger suggère que non. Il devient ainsi urgent d’apprécier l’évolution de l’état de santé des centenaires dont le nombre a été multiplié par près de trois au cours des dix dernières années en France, passant de 7 175 individus au 1 er janvier 1998 à 20 115 au 1 er janvier 2008. Les conséquences d’une telle évolution démographique peuvent être considérables pour le financement et l’organisation de la prise en charge de la dépendance si les nouveaux nonagénaires et les nouveaux centenaires sont plus fragiles et présentent un moins bon état de santé fonctionnelle que leurs aînés.