Résumé
Les nouveaux produits de synthèse sont chimiquement proches des substances psychoactives « classiques » et possèdent souvent une puissance pharmacologique supérieures. Les NPS kétamine, dissociatifs d’apparition récente ne sont pas tous encore classés sur la liste des stupéfiants. Suite au recueil de plusieurs signalements marquants (SIMAD), dont un décès en 2022, une enquête d’addictovigilance a été ouverte afin d’évaluer les modalités de consommations et les risques de ces substances. Nous présentons les principaux résultats de cette enquête.
NPS kétamines étudiés : 2-fluorodeschlorokétamine (2-FDCK), deschlorokétamine (DCK), deschloro-N-éthyl-kétamine (O-PCE), fluorexetamine (FXE) et hydroxetamine (HXE). Une analyse descriptive est réalisée à partir des données du Réseau français d’addictovigilance (jusqu’au 31/12/2023) : NotS (notifications spontanées), DIVAS (divers autres signaux), DRAMES (décès en relation avec l’abus de médicaments et de substances), OPPIDUM (observation des produits psychotropes illicites ou détournés de leur utilisation médicamenteuse).
Entre 2017 et 2023, on compte 39 NotS (dont la majorité en 2022 et 2023 – essentiellement 2-FDCK DCK et O-PCE) dont 26 jugés graves (66,6 %) (13 hospitalisations dont 4 passages en réanimation), survenus chez 37 hommes [(âge médian 29 ans (±10)] et notifiés par 11/13 CEIP-A. Nombreux sont les polyconsommateurs – de NPS (dissociatifs notamment) dont 3 à visée « auto-thérapeutique ». À noter que la substance était vendue pour une autre substance dans 10 cas [(kétamine/cocaïne (n=5) ; cathinone (n=5)]. Les effets sont essentiellement neurologiques/neurovégétatif [(dont mouvements anormaux (n=14), altération de l’état de conscience/coma (n=13) et agitation (n=8)] et psychiatriques. DRAMES : 3 décès (2 directs et un indirect) dont un avec plusieurs substances détectées dont des concentrations plasmatiques toxiques en 2-FDCK et sertraline. OPPIDUM : une consommation de 2-FDCK rapportée en 2022.
Ces données montrent des consommations réparties sur tout le territoire, ainsi qu’une part élevée de cas graves. Plusieurs profils de consommateurs existent, souvent expérimentateurs de NPS et aux dissociatifs. Les effets (indésirables notamment) sont similaires à ceux de la kétamine. Peu de cas rapporte une dépendance mais les données pré-cliniques d’évaluation du potentiel d’abus et dépendance montrent que celui-ci est au moins égal à celui de la kétamine (pour la 2-FDCK et la DCK [1–3]). Il est important de pouvoir détecter ces substances (et surveiller les nouvelles à venir) au moyen d’analyses toxicologiques adéquates et ainsi suivre les risques associés ; des mesures de prévention et de réduction des risques doivent être diffusées auprès des consommateurs.